AD – Libreville (Gabon) – Dans une tribune publiée ces derniers jours, Jeff Gaël Apanga, producteur, DG d’Image Tropicale et ancien DG de l’IGIS, pose un diagnostic qui dérange juste ce qu’il faut : le cinéma gabonais ne manque pas d’argent. Il manque de structure. Une analyse qui recadre le débat au moment où le secteur revient dans la lumière.
*« L’argent seul ne suffit pas » : le recadrage*
L’auteur démarre en saluant le « regain d’intérêt » pour le cinéma et l’audiovisuel gabonais. Prise de conscience politique, intérêt du public : les signaux sont au vert. Mais il coupe court à tout triomphalisme. Sa thèse est directe : financer des films ne crée pas une industrie.
Pour l’appuyer, il démonte une idée reçue. Un film n’est pas le produit d’une subvention. C’est le résultat d’une chaîne : scénario solide, producteurs structurés, techniciens qualifiés, diffusion, public. En rappelant l’histoire des grandes industries du cinéma, Jeff Gaël Apanga montre que l’argent soutient, il ne construit pas. Le vrai défi du Gabon n’est donc pas budgétaire. Il est organisationnel : créer les conditions pour que les films naissent, soient vus et rapportent.
*Le triptyque qui veut structurer la filière*
Face à la logique du « coup par coup », le producteur propose une méthode en trois verbes : *Identifier – Former – Produire*.
1. *Identifier* : Aller chercher les talents hors des circuits connus. Quartiers, provinces, universités, réseaux sociaux. L’enjeu : faire des appels à projets de véritables outils de détection, pas de cooptation.
2. *Former* : « Semer sans cultiver » ne sert à rien. Beaucoup de projets meurent par manque de technique, pas d’inspiration. Écrire, produire, distribuer sont des métiers. Il faut donc des programmes de mentorat et d’incubation en continu pour atteindre les standards africains et internationaux.
3. *Produire* : L’argent n’a de sens qu’après les deux premières étapes. Produire, c’est accompagner, évaluer, préparer la diffusion. L’indicateur de succès ne doit plus être le nombre de films financés, mais leur qualité et leur impact économique.

*D’une addition de projets à une vraie industrie*
En conclusion, Jeff Gaël Apanga appelle à changer d’échelle. Le Gabon doit passer d’une somme de projets isolés à une filière organisée. Une industrie, c’est un écosystème où auteurs, écoles, studios, diffuseurs, festivals et investisseurs travaillent ensemble.
Le ton est constructif, jamais accusateur. L’ancien DG de l’IGIS parle en bâtisseur. Son message aux décideurs en 2026 est clair : « le succès d’une nation culturelle ne se mesure pas qu’aux œuvres qu’elle produit, mais à sa capacité à créer les conditions de leur émergence ».
*À retenir* : Cette tribune ne dit pas « donnez moins d’argent ». Elle dit « rendez l’argent utile en construisant la maison avant d’acheter les meubles ». Un mémo de bon sens industriel, qui rejoint les débats menés au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Nigeria à l’heure de Nollywood.
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