AD – Libreville (Gabon) – Le président de la Fédération des travailleurs du Gabon Jocelyn Louis Ngoma, à dans un pamphlet dressé les enjeux des prochaines élections professionnelles organisées au Gabon.
Très prolixe, M. Ngoma appelle les travailleurs à se prononcer en faveur d’un renouveau syndical.
Lecture
Le Gabon s’apprête à écrire une page décisive de son histoire sociale avec l’organisation de ses premières élections professionnelles. Mais pour que ce moment soit réellement historique, encore faut-il que chaque travailleur sache comment exercer son choix en toute liberté le 22 avril. Car la liberté ne se décrète pas : elle s’exerce, concrètement.
Depuis des années, un système de pression s’est progressivement installé. Certaines confédérations syndicales, avec le soutien actif ou tacite de certains employeurs, ont structuré des mécanismes de contrôle autour de syndicats d’entreprise affiliés.
Pour donner du poids à ces syndicats d’entreprise, un véritable chantage social s’est parfois mis en place. Un message, souvent implicite mais parfaitement compris, s’est imposé :
– rester affilié à ces structures serait synonyme de reconnaissance et de “protection”
– s’en éloigner exposerait à des difficultés professionnelles.
Ce mécanisme est renforcé par des pratiques concrètes : reconnaissance exclusive, accès privilégié au dialogue social, avantages indirects, et marginalisation progressive des voix indépendantes.
Dans ce dispositif, la complicité de certains inspecteurs du travail dévoyés a également contribué à fragiliser l’équilibre du système. Par des interprétations orientées, des silences sélectifs ou des attitudes de complaisance, certaines pratiques ont parfois été tolérées, voire validées, au détriment de l’impartialité attendue de l’administration du travail.
Dans certains cas, ce climat a même conduit à des sanctions extrêmes. Des travailleurs ont été isolés, marginalisés, et parfois licenciés, non pas pour des fautes professionnelles avérées, mais dans des contextes où leur engagement syndical, leur indépendance ou leur refus d’alignement ont été perçus comme des “exemples” à faire taire. Ces situations, connues du terrain, ont produit un effet de dissuasion puissant : faire comprendre aux autres que la contestation pouvait coûter cher.
*Je ne parle pas ici d’une théorie. Je parle d’une réalité vécue.*
Comme beaucoup, j’ai été confronté à ce système. J’ai observé la manière dont la pression s’exerce, dont les équilibres sont orientés, dont la peur est entretenue pour freiner toute contestation. J’ai vu des salariés rester affiliés non par conviction, mais par crainte de conséquences professionnelles. J’ai vu des responsables syndicaux sincères être isolés, fragilisés, puis écartés pour avoir simplement exercé leur liberté.
*J’ai moi-même été exposé à cette mécanique.*
J’ai refusé de me soumettre. J’ai refusé de céder au silence. J’ai choisi de comprendre mes droits, de me former, de maîtriser les outils juridiques qui protègent la liberté syndicale. Ce choix n’a pas été sans conséquences, mais il m’a permis de transformer une expérience subie en engagement assumé.
Aujourd’hui, en tant que secrétaire général de la FETRAG, je constate que cette réalité est partagée par de nombreux travailleurs.
Ces élections professionnelles générales constituent une opportunité décisive. Elles en sont aussi la preuve : vous êtes les véritables acteurs, les véritables décideurs. Vous êtes aujourd’hui courtisés par ces organisations syndicales qui sollicitent votre adhésion et votre soutien. Cela démontre clairement où réside la légitimité : entre vos mains.
*Alors, comment exercer concrètement votre liberté ?*
D’abord, en comprenant que l’adhésion syndicale est un choix strictement personnel. Aucun employeur, aucune confédération ne peut l’imposer.
Ensuite, en sachant que chacun peut quitter un syndicat à tout moment. Une simple notification écrite suffit. Aucun verrou juridique ne peut maintenir une adhésion contre la volonté du travailleur.
Enfin, en refusant de céder au chantage ou à la peur. Car la peur est le pilier central de ce système. Sans elle, il s’effondre.
Vous pouvez donc démissionner aujourd’hui, maintenant, et à tout moment, pour choisir librement vos représentants.
Ce geste est simple, mais déterminant. Il permet de retrouver son indépendance avant les élections professionnelles, et de faire un choix réel, non contraint.
Les élections à venir ne doivent pas être une formalité. Elles doivent marquer une rupture : rupture avec les pratiques de contrôle, rupture avec les logiques d’imposition, rupture avec le silence.
Travailleurs du Gabon, vous n’êtes pas seuls. Même avant le 30 août, d’autres ont refusé, d’autres ont résisté, d’autres ont payé le prix du courage en subissant pressions, mises à l’écart ou licenciements destinés à servir d’exemple. Mais malgré cela, ils ont ouvert la voie.
Alors, si vous vous reconnaissez dans ce récit, prenez votre liberté dès maintenant, pour mettre un terme à cette mécanique.
La démocratie sociale ne se construit pas dans la peur, mais dans le courage.
Et ce courage commence par un acte simple : choisir librement.
Jocelyn Louis NGOMA