AD- Libreville (Gabon) – Par Niantou Tchitembo:
L’École nationale de la magistrature (ENM) a organisé récemment session de formation continue consacrée à l’éthique et à la déontologie du magistrat face aux exigences contemporaines de la justice.
Cette rencontre, qui a réuni des magistrats de Libreville et de l’intérieur du pays, vise à renforcer les capacités des acteurs judiciaires et à promouvoir une magistrature plus intègre, impartiale et indépendante.
La crédibilité de la justice passe aussi par l’exemplarité de ceux qui la rendent. C’est autour de cet enjeu que l’École nationale de la magistrature (ENM) a organisé une session de formation continue à l’intention des magistrats, sous le thème : « L’éthique et la déontologie du magistrat face aux exigences contemporaines de la justice ».
Cette rencontre, qui a enregistré la participation de plusieurs magistrats venus aussi bien de Libreville que de l’intérieur du pays, s’inscrit dans le cadre du programme de formation continue et de renforcement des capacités de l’institution.
Elle bénéficie de l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et du gouvernement japonais, dont le financement a permis la tenue de cette activité.
L’objectif est de rappeler aux magistrats les exigences éthiques et professionnelles attachées à leur fonction, mais également de les outiller face aux défis auxquels est confrontée la justice contemporaine : pressions extérieures, conflits d’intérêts, corruption, exigences de transparence, célérité des procédures et protection des droits fondamentaux.
Ouvrant les travaux, le directeur général de l’ENM, Armand Yebe, a souligné l’importance de cette thématique dans le processus de renforcement de l’État de droit.
Pour lui, l’autorité judiciaire ne repose pas uniquement sur la connaissance et l’application des textes, mais également sur la conscience professionnelle, l’intégrité et l’impartialité de ceux qui sont chargés de les faire respecter.
Il a notamment inscrit cette initiative dans les orientations du Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030, qui accorde une place importante à la gouvernance, à la réforme du système judiciaire et au renforcement de la déontologie des magistrats.
Pour sa part, Sidonie Flore Ouwe, responsable de la formation à l’ENM, a rappelé que l’indépendance de la justice doit nécessairement s’accompagner d’une responsabilité professionnelle et morale.
Selon elle, une justice indépendante perdrait une partie de sa légitimité si les comportements de ses acteurs ne traduisaient pas les valeurs de dignité, de probité et d’impartialité attendues d’eux.
Elle a insisté sur la nécessité pour chaque magistrat de résister aux pressions, d’éviter les conflits d’intérêts, de préserver la confidentialité des procédures et de s’abstenir de tout comportement susceptible d’entamer la confiance des citoyens dans l’institution judiciaire.
La représentante de l’ENM a par ailleurs rappelé que l’éthique ne doit pas être une simple exigence théorique, mais une discipline quotidienne, tandis que la déontologie constitue le cadre des obligations professionnelles qui encadrent l’exercice de la fonction judiciaire.
La justice traverse une crise de crédibilité
Le représentant du ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits humains, a, pour sa part, tenu un discours particulièrement ferme sur la question de la confiance entre les citoyens et l’institution judiciaire.
Évoquant une crise de crédibilité de la justice gabonaise, il a estimé que le soupçon et la défiance grandissante imposent un sursaut en matière d’éthique et de déontologie.
Il a notamment rappelé que l’indépendance judiciaire ne saurait constituer un privilège permettant de couvrir les dérives individuelles ou les manquements professionnels. Elle implique, au contraire, une responsabilité accrue des magistrats dans l’exercice de leurs fonctions.
Le représentant du ministre a également insisté sur la nécessité d’une responsabilité partagée entre les magistrats et les pouvoirs publics.
Si les premiers doivent faire preuve d’exemplarité, d’intégrité et d’impartialité, les seconds ont l’obligation de garantir les conditions nécessaires à l’exercice effectif de l’indépendance judiciaire.
Cette démarche s’inscrit, a-t-il rappelé, dans les orientations du président de la République relatives à la consolidation de l’État de droit, à la réforme du système judiciaire et à la lutte contre la corruption.
Il a également évoqué les recommandations formulées lors du Conseil supérieur de la magistrature du 16 septembre 2026 à Port-Gentil, qui avaient notamment mis l’accent sur la multiplication des sessions de formation continue en matière d’éthique et de déontologie.
Les travaux ont été articulés autour de deux notions la première a porté sur les fondements éthiques et déontologiques de la fonction judiciaire, notamment l’indépendance, l’impartialité, la dignité et la responsabilité du magistrat et la seconde a été consacrée aux mécanismes de contrôle, à la prévention des manquements déontologiques et à la responsabilité professionnelle des magistrats.
Au-delà des enseignements théoriques, l’enjeu reste de traduire ces principes dans les pratiques quotidiennes des magistrats afin de contribuer à une justice plus crédible, indépendante et respectueuse des droits des justiciables.
NT/PIM/ad/26