Gabon : une prison à 90 milliards FCFA à Nkoltang fait polémique

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AD -Libreville (Gabon) – Par Mozaya Madiba – Une prison « cinq étoiles » à 90 milliards de francs CFA. C’est le projet de maison d’arrêt moderne de Nkoltang, présenté comme la plus moderne d’Afrique, avec bibliothèque, ateliers de formation, équipements sportifs et structure sanitaire. Une annonce qui provoque une vive polémique à l’heure de la rentrée scolaire.

Une vue du site de Nkoltang pour l’érection de la future prison
Vue du site de Nkoltang pour l’érection de la future prison

Dans une tribune au vitriol qui circule largement, l’analyste Michel Ongoundou Loundah raille l’inversion des priorités du pouvoir. Il y voit le symbole d’une République qui soigne le dernier maillon de la chaîne pénale avant les premiers.

L'analyste Michel Ongoundou Loundah
L’analyste Michel Ongoundou Loundah

« Pendant ce temps, les élèves et leurs enseignants attendent des salles convenables, du matériel, des établissements accessibles », écrit-il. Rappelant le remplacement de la ministre de l’Éducation en pleine rentrée, il note : « Le fauteuil change d’occupante. Les difficultés restent à leur place. »

Il reprend à son compte une formule de Samuel Ngoua Ngou : « Le Gabon est le seul pays au monde où, après la présidence de la République, une prison sera le plus grand et le plus beau bâtiment. »

Pour l’auteur, cette ambition carcérale trahit une forme de prévoyance politique. Citant Coluche – « quand on est ministre, c’est qu’on retournera pas à l’école, tandis qu’en prison, faut voir… » – il ironise : « Ils ne retourneront jamais sur les bancs de l’école. Pour les autres bancs, ceux du tribunal, l’avenir reste ouvert. Autant prévoir une prison cinq étoiles. »

Au-delà du symbole, c’est toute la chaîne judiciaire qui est pointée. Magistrats, greffiers et enquêteurs manquent de locaux, d’équipements et de moyens pour traiter les dossiers dans des délais raisonnables, souligne la tribune. « Une cellule flambant neuve ne fera avancer aucun dossier oublié. Elle pourra simplement accueillir plus confortablement celui qui attend que la justice s’occupe enfin de lui. »

Et de conclure : on propose une bibliothèque derrière les barreaux, des ateliers pour apprendre un métier en détention. Encore faudrait-il, dit-il, offrir ces mêmes chances aux jeunes avant qu’un juge ne leur indique le chemin.

MM/PIM/ad/26


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