AD – Libreville (Gabon) – Le discours du président, Brice Clotaire Oligui Nguema devant le Parlement réuni en Congrès continue de faire réagir. Pour Roger Ondo Abessolo, président par intérim de la confédération syndicale Dynamique Unitaire, le message présidentiel se lit en deux temps : un cadre institutionnel respecté, mais des réponses encore insuffisantes aux attentes des Gabonais.
Dans l’analyse qu’il a livrée à notre rédaction, le syndicaliste livre une lecture politique, sans concession mais sans diabolisation. Verdict : des signaux encourageants, des zones d’ombre, et une même exigence : passer du discours aux résultats.
Un congrès qui rassure sur la forme
Premier point de satisfaction pour Dynamique Unitaire : le chef de l’État a respecté l’obligation constitutionnelle de s’adresser aux deux chambres réunies.
Pour Roger Ondo Abessolo, ce n’est pas un détail. « C’est un geste républicain. En période de transition, maintenir le dialogue avec les institutions, c’est envoyer un signal d’ordre et de stabilité ». Un point crédité au pouvoir, même si la forme ne suffit pas à emporter l’adhésion sur le fond.
Tourner la page du « c’était pire avant »
Là où le bât blesse, c’est sur le chapitre « héritage de l’ancien régime ». Le syndicaliste estime que la comparaison systématique avec le passé a atteint ses limites.
« On est plusieurs années après le 30 août. Le Gabon ne peut plus avancer le rétroviseur collé au pare-brise ». Il utilise une image d’enseignant : comparer en permanence un élève en progrès à un camarade en échec finit par freiner tout le monde.
Son message aux autorités : arrêter de se justifier par l’histoire. « Les Gabonais jugent sur le présent et sur le futur. Plus sur le passé ».
Une économie ambitieuse, mais trop concentrée
Sur l’économie, Roger Ondo Abessolo reconnaît que le Président a posé les bons sujets : dette, diversification, valorisation du fer, du manganèse, du cuivre et des autres ressources. Les grands projets miniers et pétroliers sont bien identifiés comme moteurs de croissance.
Le problème, selon lui, c’est la concentration du risque. « Quand toute la stratégie repose sur 3 ou 4 chantiers géants, si l’un prend du retard, c’est toute l’économie qui tousse ». Il appelle donc à élargir le modèle : moins de dépendance aux seules matières premières, plus d’activités à forte valeur ajoutée locale.
Austérité : viser plus haut que les primes
La réduction du train de vie de l’État a été actée, notamment sur certaines primes. Dynamique Unitaire salue le principe, mais le juge cosmétique.
« Supprimer une indemnité de transport pour un DG, c’est symbolique. Le vrai chantier, c’est la masse des dépenses structurelles : parc auto, organisation administrative, chevauchements de missions ». Pour le syndicaliste, l’austérité doit être intelligente et s’attaquer au cœur des coûts, pas aux périphéries.
Transparence : ouvrir les contrats, reprendre la main sur l’info
Point le plus ferme de l’analyse : la transparence. Roger Ondo Abessolo exige la publication des contrats signés avec les partenaires étrangers, surtout dans les mines, l’énergie et les infrastructures. Coûts, délais, financements, retombées : « les citoyens ont le droit de savoir ce qu’on engage en leur nom ».
Il dénonce aussi un déficit de « souveraineté de l’information ». Tant que les grands projets restent mal expliqués, les rumeurs et la méfiance combleront le vide.
Dette, énergie, justice : les alertes rouges
Sur la dette, il comprend le recours aux partenariats publics-privés, mais met en garde contre les taux élevés et les clauses déséquilibrées. « Un accord mal négocié hypothèque la crédibilité du pays ».
Côté énergie, l’urgence est qualifiée de « nationale ». Délestages, investissements jugés inefficaces, dépendance à des opérateurs étrangers : pour lui, il faut sortir des rustines et investir dans la durée, avec un objectif clair de souveraineté énergétique.
Enfin, sur l’État de droit, Dynamique Unitaire pointe une absence dans le discours. L’indépendance de la justice reste floue. « Aucune réforme ne tient sans juges crédibles. Il faut restaurer la confiance, et ça passe par une séparation des pouvoirs visible, pas juste théorique ».
Conclusion : fini les promesses, place aux preuves
Roger Ondo Abessolo conclut sur un équilibre : il reconnaît les efforts et les avancées sociales enregistrées. Mais il fixe la barre : « Le temps des annonces est terminé. Les Gabonais attendent des résultats mesurables, sur leur facture d’électricité, dans les hôpitaux, sur le marché ».
Il interpelle aussi le Parlement : « Si la transition veut réussir, le contrôle de l’action gouvernementale ne peut pas être un accessoire. Il doit être la règle ».
Entre respect des institutions et impatience sociale, cette analyse résume la tension du moment : le Gabon veut croire au renouveau, mais il exige que le renouveau se voie.
MM/PIM/ad/26