AD – Libreville (Gabon) – Par Jacques Nziengui Manguila – Le ton est monté à l’Université Omar Bongo. Les enseignants-chercheurs du Département d’études ibériques et latino-américaines (DEILA) ont tenu vendredi un point de presse pour dénoncer l’intégration « unilatérale » de leur département au sein du nouvel Institut des Langues et du Patrimoine (ILP).
La rencontre, organisée dans une salle des bâtiments de l’UOB, visait à interpeller le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, le gouvernement, l’opinion publique et la communauté estudiantine sur une réforme jugée « suffocante et compromettante pour l’avenir et les carrières ».

À l’origine de la crise, un arrêté du recteur en date du 17 juin 2025 portant création d’une commission de réflexion sur la mise en place de l’ILP. Si quatre enseignants du DEILA ont participé aux travaux pendant plusieurs mois, « aucune restitution n’a été faite en interne pour en informer les autres collègues ni pour recueillir leurs avis », dénoncent-ils.
Les autorités universitaires ont ensuite décidé de transformer l’ensemble des départements dits de langues en simples filières rattachées au nouvel institut, une décision qualifiée d’unilatérale.
Face à ce qu’ils considèrent comme un fait accompli, un collectif de 22 enseignants sur les 27 permanents que compte le département a engagé des concertations avec la gouvernance universitaire. Celles-ci ont abouti, sur instruction du recteur, à la tenue d’un Conseil de département extraordinaire le 16 septembre 2026.
Selon le collectif, cette instance a mis en évidence « plusieurs anomalies structurelles majeures » dans la configuration de l’ILP.
« La mise en place de l’Institut des Langues et du Patrimoine contrevient à la loi n°21/2000 du 10 janvier 2001 déterminant les principes fondamentaux de l’enseignement supérieur en République gabonaise », a martelé le maître de conférences CAMES Ngouna Lendira Raoul.
Fort de ce constat, le Conseil s’est prononcé à une écrasante majorité – 89,48% – contre l’intégration du DEILA au sein de l’ILP, réaffirmant son ancrage historique au sein de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines.
Pour la professeure Clotilde Chantal Allela Kwevi, une réforme d’une telle envergure ne saurait être conduite sans concertation préalable.
Elle en appelle à l’application d’un principe énoncé par le chef de l’État lui-même : « J’exige de l’administration qu’elle écoute avant de décider, qu’elle explique avant de mettre en œuvre et qu’elle corrige lorsque la réalité le commande ».
JNM/PIM/ad/26