AD – Libreville (Gabon) – Par Mozaya Madiba : jeudi dernier, une réunion de haut niveau a scellé l’ambition : implanter un bureau d’AfricaRice au Gabon, objectif affiché, réduire les 95% d’importations et faire du pays un acteur de sa souveraineté alimentaire.
Le riz dans l’assiette du Gabonais vient à 95% de l’étranger. Jeudi 25 juin dernie, au ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, porte-parole du gouvernement, l’État a décidé de changer la donne.
Autour de la table : AfricaRice, le CENAREST, les ministères de l’Agriculture et des Affaires Étrangères. Tous convoqués par le directeur de cabinet du ministre, Félicien Moukagni, pour acter une étape décisive : l’implantation d’un point focal d’AfricaRice au Gabon.
De la recherche à la grande échelle
L’impulsion vient de la vision du président Brice Clotaire Oligui Nguema : réduire systématiquement les importations d’aliments qui pèsent sur le Trésor public. Le riz en tête.
Le ministère de la Recherche Scientifique, dirigé par le Pr Charles Edgar Mombo, s’appuie sur un premier résultat concret. Les chercheurs gabonais ont mis au point les trois premières variétés de riz adaptées au climat national. Une avancée. Mais pour le patron de la recherche, il faut « passer à la vitesse supérieure ».
« Le riz est une base alimentaire très importante, malheureusement sa production a été délaissée dans notre pays, raison pour laquelle la recherche scientifique s’active pour que cet aliment soit produit à haute intensité pour freiner les importations énormes », a expliqué Félicien Moukagni.
D’où la sollicitation d’AfricaRice. Le Centre dispose d’une expertise internationale inédite pour améliorer durablement la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
AfricaRice dit oui au Gabon
Face à la délégation gabonaise, le directeur général d’AfricaRice, le Dr Babouccar Manneh, n’a pas fait attendre la réponse. Le Gabon est membre du Centre. La convention doit maintenant se traduire en réalisations.
« Les efforts de recherche du Gabon ces dernières années sur la riziculture sont encourageants. Dès qu’on a reçu cette sollicitation du ministre, nous n’avions pas hésité… Lors de nos échanges d’aujourd’hui, nous avons présenté à la partie gabonaise la procédure pour que le dossier soit validé. Tout est désormais dans leurs mains », a-t-il déclaré.
Le message est clair : AfricaRice est prêt. Et l’enjeu dépasse le riz.
« Le Gabon dispose des potentialités pour devenir un pays producteur de riz et nous allons apporter notre expertise pour réduire son importation en riz qui est de 95%. Nous souhaitons ainsi mettre le Gabon dans le grand projet qui concerne 35 pays pour l’accompagner dans sa politique de souveraineté alimentaire ».
Plus que du riz
AfricaRice ne travaille pas seulement sur le grain. Le Centre mène des recherches transversales et stratégiques pour le développement agricole et économique. Des expertises dont le Gabon pourrait bénéficier pour structurer toute sa filière : semences, rendement, transformation, marché.
Avec ce bureau, le pays gagne trois choses : un accélérateur de recherche, un appui technique pour la production à grande échelle, et une intégration dans un réseau de 35 pays qui misent sur l’autosuffisance.
La séance de travail s’est achevée. La balle est maintenant dans le camp gabonais. Les variétés sont prêtes, l’expertise internationale est sur la table, la vision politique est fixée. Reste à transformer l’essai.
Si le pari réussit, le riz du Gabon ne sera plus seulement importé. Il sera cultivé, transformé et vendu ici. Et l’assiette nationale gagnera en indépendance.
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