Partenariat Gabon – FC Barcelone : Michel Jr Ongoundou Loundah met en garde contre un marketing sans offre

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AD – Libreville (Gabon) – Par Mozaya Madiba – Le Gabon veut se voir en grand. Après le Rwanda, le pays entend utiliser le football européen comme vitrine internationale avec le slogan « Discover Gabon » sur le maillot du FC Barcelone. Une ambition légitime, estime le jeune entrepreneur gabonais Michel Jr Ongoundou Loundah, mais qui pose trois questions restées sans réponse : combien, pour quels résultats, et comment mesurer le retour sur investissement ?

L'analyste Michel Jr Ongoundou Loundah
L’analyste Michel Jr Ongoundou Loundah

Le précédent rwandais est chiffré. Selon une étude publiée en 2025 dans African Studies Review, les partenariats touristiques « Visit Rwanda » avec Arsenal, le PSG et le Bayern Munich ont coûté environ 161 millions de dollars depuis 2018. Un investissement massif assumé par Kigali comme outil de nation branding.

« Le Rwanda a compris que le sport pouvait être un puissant outil de nation branding. Mais à quel prix ? », interroge l’entrepreneur. Et surtout, à quel prix pour le Gabon, dont le budget touristique et les capacités d’accueil ne sont pas ceux du Rwanda ?

La visibilité ne fait pas la destination

Pour Michel Jr Ongoundou Loundah, l’erreur serait de confondre visibilité et attractivité.

« Le véritable enjeu n’est pas seulement d’attirer les regards sur le Gabon, mais de convertir cette visibilité en touristes, en investissements et en emplois », souligne-t-il. Or, pointe-t-il, « le sport peut vendre une destination. Mais c’est la réalité du pays qui détermine si la promesse sera tenue. »

L’analyste liste les prérequis ignorés : villes propres et sûres, routes et infrastructures, formation des acteurs, structuration de circuits touristiques, qualité de l’accueil. Autant de chantiers qui doivent précéder, selon lui, la promotion internationale.

« On ne peut pas simplement mettre le maillot du Barça et espérer que les touristes vont affluer. Il faut un plan cohérent, des étapes bien définies, un budget transparent et des résultats mesurables. Sinon, on risque de mettre une fois de plus la charrue avant les bœufs. »

Au-delà du coût du partenariat avec le FC Barcelone et des objectifs de visibilité, une question plus concrète doit désormais être posée : celle de la préparation des ressources humaines. Cette exigence concerne directement les hôtels en construction ou en rénovation à Libreville — les hôtels Hilton et Hilton Garden Inn prévus à la Baie des Rois, la rénovation du Lancaster Re-Ndama, la reconstruction de l’Hôtel Atlantique et le projet d’hôtel quatre étoiles de 152 chambres porté par SUMMA.

Pour chacun de ces établissements, quel est le plan de recrutement local, le nombre de postes créés, le budget consacré à la formation et le calendrier de montée en compétences ? Sans réponses précises, le Gabon risque de livrer des infrastructures modernes sans disposer des équipes capables de les exploiter durablement.

La question n’est donc plus seulement de savoir si le pays peut attirer l’attention internationale, mais s’il peut former, employer et retenir les Gabonais qui incarneront la qualité de l’accueil promise aux visiteurs. Le véritable test du « Discover Gabon » ne sera pas seulement le logo sur le maillot du Barça, mais la capacité du pays à transformer cette visibilité en emplois qualifiés, en services de qualité et en résultats mesurables.

Le spectre de l’émergence

La critique renvoie à une mémoire récente. « Ali Bongo a fait le show de 2010 à 2020. Avec lui on a tout vu », rappelle l’entrepreneur : New York Forum Africa, courses de bateaux, deux CAN organisées en cinq ans (2012 et 2017).

« En 2026 le stade de l’Amitié n’abrite plus de matchs de football et tout le marketing de l’émergence a disparu. Organiser deux éditions de la CAN en 5 ans, nous a rapporté quoi de concret ? », interroge-t-il.

Le parallèle est assumé : sans stratégie durable, le « Discover Gabon » pourrait rejoindre la longue liste des opérations de prestige sans lendemain.

Pour Michel Jr Ongoundou Loundah, la leçon est claire : « Une politique touristique s’organise, elle ne s’improvise pas. La visibilité attire l’attention, mais c’est la qualité de l’offre qui fait venir les touristes et leur donne envie de revenir. »

Reste à savoir si Libreville publiera le coût réel du contrat avec le Barça, ses objectifs chiffrés en arrivées touristiques et le calendrier des réformes internes. Sans ces indicateurs, prévient-il, l’opération restera un pari de communication, pas une politique publique.

MM/PIM/ad/26


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