AD – Libreville (Gabon) – Par Mozaya Madiba : Dans la loi de finances rectificative, le gouvernement a glissé une nouvelle ligne : la taxe environnementale. L’intention se veut noble : faire payer la pollution. Le résultat, lui, est brutal : faire payer les plus pauvres en premier.
Car cette mesure ne trie personne. Elle frappe à la base. Du conglomérat minier au vendeur de beignets du marché.
200 FCFA le kilo de plastique : le quotidien qui s’alourdit
Regardons la facture.
Plastiques : 200 FCFA/kg. Lubrifiants : 50 FCFA/l. Produits chimiques : taxés aussi.
Sur le papier, ce sont des matières. Dans la vie réelle, ce sont des choses du quotidien.
Le sachet qui emballe la baguette. Le bidon d’huile moteur du taxi-brousse qui fait vivre une famille. Le pot de peinture pour rafraîchir une maison. Les emballages de riz, de savon, de lait.
Autant de produits « non négociables » pour les ménages modestes. On ne choisit pas de ne plus manger. On ne choisit pas de ne plus se déplacer.
Résultat : les petits commerçants, les transporteurs, les familles à bas revenus vont encaisser. Eux n’ont pas de service comptable pour « optimiser ». Ils paieront. Point.
2 500 FCFA/m³ pour les mines : une goutte d’eau
À l’autre bout de l’échelle, les grandes multinationales minières écopent de 2 500 FCFA par m³.
Un montant qui fera joli dans le communiqué du gouvernement. Mais qui représente quoi pour un groupe qui brasse des milliards ?
Ces géants ont deux options, et les deux protègent leurs marges :
1. Répercuter: Le surcoût atterrit dans le prix final. C’est le consommateur qui règle.
2. Déduire: Le surcoût sort du bénéfice. L’actionnaire ne perd rien.
Les puissants s’en tirent. Comme d’habitude.
L’inflation invisible, la plus injuste
Les économistes ont un mot pour ça : « régressif ».
Une taxe est régressive quand elle pèse plus lourd sur celui qui gagne moins.
Faites le calcul. Un ouvrier consacre 70% de son salaire à se nourrir et se loger. Chaque franc de taxe en moins, c’est un franc qui manque pour l’école ou la santé.
Un cadre y consacre 30%. La même taxe passe inaperçue.
Avec cette nouvelle taxe, le poids de la transition écologique ne tombe pas sur ceux qui polluent le plus. Il tombe sur ceux qui ont le moins de marge.
Appelons les choses par leur nom : ce n’est pas de l’écologie. C’est de l’injustice fiscale maquillée en vertu environnementale.
Le gouvernement voulait verdir l’économie. Il risque surtout de la rendre plus chère pour ceux qui n’ont déjà plus rien à donner.
Le débat est ouvert. Car taxer pour protéger la planète est légitime. Mais le faire sans mesurer l’impact social, c’est condamner les plus vulnérables à payer l’addition d’une transition dont ils ne récolteront pas les fruits.
MM/PIM/ad/26/