AD – Libreville (Gabon) – Joslyn Louis Ngoma, leader syndical dans un poste analyse de la situation à la suite de la décision de poursuite de la grève des enseignants.
Lecture.
La décision prise par SOS Éducation, à l’issue d’Assemblées Générales simultanées sur l’ensemble du territoire national, de poursuivre la grève dans 8 provinces sur 9, mérite une lecture rigoureuse, dénuée d’émotion et recentrée sur l’intérêt général.
Face à une opposition apparente, d’un côté la légitimité des revendications des enseignants, de l’autre le droit fondamental à l’éducation pour nos enfants, nous avons l’obligation morale et citoyenne d’apporter des éléments d’analyse au Président de la République. Cette responsabilité est d’autant plus impérieuse que certains acteurs, tapis dans les fissures du système, s’autorisent à modifier, interpréter ou détourner les arbitrages du Chef de l’État pour des desseins inavoués, éloignés à la fois de l’intérêt de l’École et de celui de la Nation.
Le choix massif de la poursuite de la grève ne saurait être analysé comme une provocation, encore moins comme une remise en cause de l’autorité présidentielle. Cette lecture simpliste sert principalement ceux qui tirent profit de la radicalisation du mouvement, en enfermant l’opinion publique dans une opposition artificielle entre enseignants et État.
En réalité, cette décision constitue un désaveu clair exprimé par la base enseignante d’un dialogue social classique devenu vide de crédibilité, inefficace et incapable de défendre l’intérêt supérieur de l’École. Ce dialogue de façade, plus soucieux de sa survie que de solutions durables, est aujourd’hui rejeté.
La criminalisation d’une contestation pourtant unanimement reconnue comme légitime apparaît dès lors comme une réponse politique hypocrite à ce désaveu. Elle transforme une interpellation adressée au Président de la République en une prétendue remise en cause de l’autorité de l’État, dans l’espoir de provoquer une réaction de durcissement. Cette stratégie ne cherche pas à résoudre la crise ; elle vise uniquement à préserver un système de médiation discrédité, dont l’utilité sociale est contestée par ceux-là mêmes qu’il prétend représenter.
Le cœur du problème ne réside donc pas dans une opposition des enseignants au Chef de l’État, mais dans une crise profonde de confiance envers les intermédiaires du dialogue social. Cette défiance est renforcée par de lourds soupçons concernant l’attribution de postes budgétaires, pourtant accordés sur instructions du Président de la République aux enseignants, mais dont certains auraient bénéficié à des personnes étrangères au monde de l’enseignement, au détriment des ayants droit légitimes.
L’opposition apparente entre le droit légitime des enseignants à la justice sociale, et le droit fondamental des enfants à l’éducation, ne peut être niée ni instrumentalisée. Elle doit être conciliée. Toute sortie de crise durable passe par la reconnaissance simultanée de ces deux impératifs, qui ne sont pas contradictoires mais complémentaires. Opposer les enseignants aux élèves, ou les familles à l’État, revient à masquer les véritables responsabilités et à retarder les réformes structurelles indispensables. La résolution de cette crise ne peut être punitive ou cosmétique ; elle doit être politique, courageuse et inclusive, fondée sur la vérité des faits, la restauration de la confiance et la refondation sincère des mécanismes du dialogue social.
C’est précisément en réaction aux dérives constatées que le 30 août a été accueilli avec une liesse populaire et comme une renaissance de l’espoir. Ce jour-là, le peuple gabonais exprimait l’attente d’un changement de paradigme, d’une rupture avec les pratiques anciennes et d’un État réconcilié avec la vérité, la justice et l’écoute de ses citoyens. La mobilisation actuelle des enseignants s’inscrit pleinement dans cet esprit. La réduire à une simple contestation de l’autorité serait non seulement une erreur d’analyse, mais une trahison des perfides trompeurs, de l’espérance née ce jour-là.
Dans ce contexte, seule la parole directe du Président de la République peut restaurer la confiance, assainir le dialogue social et faire la lumière sur les dysfonctionnements constatés. Écouter les enseignants ne signifie pas céder à la pression ; c’est exercer pleinement l’autorité de l’État, une autorité qui se fonde non sur la répression ou la stigmatisation, mais sur la justice, la transparence et la vérité.
L’esprit du 30 août appelait au courage politique de la vérité.
Jocelyn Louis NGOMA