AD – Libreville (Gabon) – Par Mozaya Madiba – Mercredi 4 novembre, les pelleteuses doivent entrer en action. A Okala, au Lac Bleu et à Diba-Diba, trois quartiers du nord de Libreville, 270 bâtiments sont appelés à disparaître pour laisser place à une route de 30 mètres de large.
L’annonce a été faite le 26 octobre par le porte-parole du gouvernement, Emmanuel Eyeghé Nze. Elle est confirmée depuis vendredi en conférence de presse à Gabon 24 : le calendrier est maintenu. Le paiement des indemnisations a « déjà commencé », selon l’exécutif.
Sur le papier, le projet est présenté comme structurant. Inscrit dans le Plan national de croissance et de développement 2026-2030, il doit relier l’échangeur Jeanne-Ebori à la voie de contournement, en passant par le boulevard de la Transition, les Charbonnages et Diba-Diba. Deux fois deux voies, trottoirs, voies d’urgence et corridors pour l’eau, l’électricité et la fibre.
Sur le terrain, les situations sont inégales.
Sur le tronçon dispensaire d’Okala – centrale SEEG d’Okala, 67 bâtiments sont recensés. Seuls 13 propriétaires disposent d’un titre foncier. Sur l’axe Lac Bleu – Diba-Diba, 203 bâtiments sont concernés, 53 au Lac Bleu et 150 à Diba-Diba, sans aucun titre foncier recensé, selon les chiffres officiels.
C’est le point sensible. Mardi 28 octobre, face à la délégation conduite par la gouverneure de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, et le ministre de l’Habitat Mays Mouissi, la présidente du collectif d’Okala, Pascaline Pata, a dénoncé des montants jugés « dérisoires », tout en reconnaissant la précarité foncière de nombreux riverains.
Pour tenter de désamorcer la tension, le gouvernement avance un dispositif d’accompagnement. Une enveloppe proche de 3 milliards de FCFA est évoquée, sans détail des critères à ce stade. A titre de comparaison, 560 millions avaient été versés à 79 familles à Akémi-Ndjogoni et 312 millions à 41 familles à Nkoltang en octobre, soit environ 7 millions par famille.
Deuxième volet : le relogement. Chaque ménage doit recevoir une parcelle à Malibé, dans la commune d’Akanda. Le chef de l’Etat a ordonné le 30 octobre le début des travaux de viabilisation dès le 31 octobre. Le ministre de l’Habitat s’est engagé à ce que les titres fonciers de Malibé soient gratuits.
Troisième volet, le plus humain. Les Affaires sociales et la Croix-Rouge doivent déployer un poste avancé le jour J pour les familles vulnérables. Les exhumations et réinhumations seront prises en charge par l’Etat, en concertation avec les familles. Pour la scolarité, trois guichets ont ouvert dès le 28 octobre à l’école publique d’Okala, à celle des Charbonnages et au lycée public de Diba-Diba pour faciliter les transferts, sans frais.
Reste l’équation du temps. Entre la remise des chèques annoncée au 29 octobre au gouvernorat et la date de libération fixée au 4 novembre, plusieurs familles disent ne pas avoir le temps matériel d’organiser leur déménagement.
A deux jours de l’échéance, la question n’est plus de savoir si la route se fera, mais comment elle se fera.
MM/PIM/ad/26