AD – Libreville (Gabon) – À Lambaréné, on a vu le week-end dernier une scène qui a laissé la classe politique locale perplexe. Trois cadres, dont deux députés élus sous la bannière de l’Union Pour la République (UPR), ont débarqué devant les populations avec les couleurs et l’effigie du parti de Gervais Oniane. Petit détail : ils ont eux-mêmes annoncé leur départ de l’UPR pour fonder l’UDR.
Bouidi, Léo-Paul Eva et Yvon Nzeng Yeyeth ont donc échangé avec les habitants de la capitale du Moyen-Ogooué… sous les symboles d’un parti qu’ils disent avoir quitté. Une cohabitation entre discours de rupture et visuels de fidélité qui a tout l’air d’un malentendu organisé.
Nostalgie ou oubli de valise ?
Le cœur du malaise tient là : l’UPR affirme n’avoir donné aucune autorisation pour l’usage de ses visuels après le départ de ses désormais ex-militants. L’UDR, leur nouveau mouvement, a un nom proche, des ambitions proches, mais pas les logos.
« Êtes vous nostalgiques de l’UPR ? Les portes vous sont toujours grandement ouvertes, personne ne vous a chassé, c’est vous qui êtes dissidents. Mais si vous n’êtes plus de l’UPR, assumez votre départ et portez votre effigie et vos couleurs », tranche un haut cadre de l’UPR, visiblement peu amusé par la mise en scène.
Pour lui, le message est simple : difficile de réclamer son indépendance politique tout en empruntant l’identité visuelle de l’ex-maison. Surtout lors d’un événement organisé pour un autre mouvement.
Une transition qui ressemble à une récidive
Côté dissidents, on invoque la transition. L’UDR serait encore en construction, et garder l’effigie UPR permettrait de ne pas perdre les militants en route. Une logique de continuité qui, sur le terrain, ressemble surtout à un maintien du flou.

Le problème, c’est que cette ambiguïté brouille la lisibilité du jeu politique. Pour l’électeur lambarenéen, difficile de distinguer qui représente quoi, et sous quelle légitimité. Utiliser les symboles d’un parti dont on s’est désolidarisé interroge aussi sur le respect du mandat obtenu sous cette étiquette.
Quand la forme dit plus que le fond
L’épisode dit beaucoup de la vie politique locale. Entre départs fracassants et fidélité visuelle tenace, la ligne entre rupture assumée et nostalgie stratégique semble ténue. L’UPR y voit une question de respect des règles et de l’identité du parti. Les dissidents y voient une phase de passage.
En attendant que chacun clarifie son positionnement et ses couleurs, les populations de Lambaréné assistent à un exercice d’équilibrisme politique. Et la question reste posée : si on quitte la maison, pourquoi garder le trousseau de clés, s’interroge-t-on
MM/PIM/ad/26