AD – Libreville (Gabon) – Par Mozaya Madiba – L’annonce d’une nouvelle découverte de pétrole au large de Mayumba, dans la Nyanga, remet sur la table un vieux débat gabonais : comment faire en sorte que les richesses du sous-sol bénéficient d’abord aux populations des territoires producteurs. Dans une tribune, Joachim Mbatchi Pambou, président du Forum Pour la Défense de la République et candidat à la présidentielle d’août 2023, plaide pour rompre avec le schéma « extraire et exporter ».
Pour lui, ce nouveau gisement doit être l’occasion de transformer Mayumba en pôle économique et non de reproduire les mêmes déséquilibres.
« Une province riche, mais encore pauvre en développement »
L’auteur part d’un constat : depuis des décennies, la Nyanga contribue aux recettes pétrolières du Gabon sans que cela se traduise par une amélioration visible des conditions de vie.
« Il serait donc regrettable que nous reproduisions demain, avec ce nouveau gisement, les mêmes schémas qu’hier : extraire le pétrole, exporter le brut, percevoir les recettes et laisser le territoire producteur attendre encore les routes, les emplois, les infrastructures », écrit-il.
Sa question centrale est simple : quelle sera la part des populations de Mayumba et de la Nyanga dans les retombées de l’exploitation ?
Le modèle de la raffinerie et de l’écosystème local
Pour éviter le piège, Joachim Mbatchi Pambou propose de penser dès maintenant un « modèle de développement pétrolier local ». Il cite en exemple Stavanger en Norvège, Aberdeen en Ecosse ou encore Port Harcourt au Nigeria, des villes devenues des capitales énergétiques grâce à l’industrie pétrolière.
Sans plaider pour une copie conforme, il estime que Mayumba pourrait elle aussi devenir un « véritable pôle énergétique et industriel du Gabon ».
La proposition phare : envisager la construction d’une raffinerie à Mayumba, dès que les études de faisabilité le permettront. « Pourquoi continuer à nous limiter à l’exportation de nos matières premières lorsque nous pouvons créer davantage de valeur sur notre propre territoire ? », interroge-t-il.
Autour d’une telle infrastructure, il imagine un écosystème : maintenance industrielle, logistique, transport, stockage, formation professionnelle et sous-traitance. L’objectif est de former des jeunes de Mayumba, de la Nyanga et du Gabon aux métiers du pétrole et d’ouvrir des marchés aux entreprises locales.
Transparence et redistribution au cœur des exigences
Au-delà des infrastructures, la tribune insiste sur la gouvernance. L’auteur demande que les mécanismes de redistribution des revenus pétroliers soient « transparent » et qu’une part « clairement identifiée » revienne au territoire producteur.
« Les populations doivent pouvoir constater, dans leur vie quotidienne, que les richesses extraites de leur environnement contribuent effectivement à améliorer leurs conditions d’existence », souligne-t-il.
Pour Joachim Mbatchi Pambou, l’enjeu dépasse le nombre de barils. « Le véritable enjeu est de savoir combien d’emplois, combien d’entreprises, combien d’infrastructures et combien de nouvelles opportunités ces barils permettront de créer ».
Changer la manière de gérer la richesse nationale
La tribune s’inscrit dans le discours plus large d’une « nouvelle République » qui, selon lui, ne doit pas se limiter à changer les hommes ou les institutions. Elle doit aussi changer la manière de concevoir la richesse nationale.
« Le Gabon ne peut plus être éternellement un pays qui extrait, exporte et importe ensuite les produits transformés avec ses propres matières premières », conclut-il.
« Mayumba mérite mieux que de regarder partir son pétrole. La Nyanga mérite que ses richesses deviennent enfin son développement ».
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