AD – Libreville (Gabon) – Par Niantou Tchitembo : Le Syndicat de l’éducation nationale (SENA) a, dans un réquisitoire dimanche dernier cinglant et dresser une feuille de route pour l’avenir de l’école publique.
S’exprimant à l’ocassion de son entré syndical doublé du 60ème anniversaire de la recommandation OIT/UNESCO, le secrétaire général par intérim, Magloire Memiaga a posé les termes d’un contrat social réactualisé avec le gouvernement.
Le syndicat a profité de ce rassemblement solennel pour égréner les retombées concrètes du mouvement de grève mené durant l’année scolaire 2025-2026.
Au premier rang de ces avancées : la signature du décret instaurant la prime d’éloignement. Un serpent de mer administratif vieux de plus de trois décennies.
« Il aura fallu attendre 34 ans, depuis 1992, pour voir enfin signer le décret relatif à la prime d’éloignement. Ces avancées importantes confirment que le syndicalisme peut être un véritable instrument de transformation et de développement social lorsqu’il est fondé sur la responsabilité et la constance », a souligné Magloire Memiaga, saluant au passage la concrétisation des engagements pris par le chef de l’État, notamment l’attribution et la viabilisation en cours de 539 hectares de foncier réservés aux personnels éducatifs.
À ces victoires statutaires s’ajoutent l’intégration progressive des sortants des grandes écoles (ENS, ENI, ENSET), le recrutement d’enseignants bénévoles et la prise en charge attendue des effectifs de l’enseignement confessionnel.
Derrière les satisfecit d’usage, le ton s’est brutalement durci lorsque le secrétaire général s’est attaqué à la détérioration du climat scolaire. La prolifération des stupéfiants et la montée des violences physiques dans les établissements ne sont plus perçues comme de simples faits divers, mais comme une menace existentielle pour le système éducatif.
« La drogue en milieu scolaire est devenue un véritable fléau national. Elle menace nos enfants, nos enseignants, nos familles et l’avenir de notre Nation. L’école doit rester un sanctuaire du savoir ; elle ne doit jamais devenir un lieu de trafic, de violence, de peur et d’insécurité », a martelé le leader syndical, interpellant solennellement l’exécutif pour une réponse sécuritaire et institutionnelle immédiate.
Autre point noir soulevé avec gravité : le coût humain payé par les enseignants sur le terrain. Les chiffres avancés par l’organisation syndicale dessinent la carte d’une profession fragilisée, confrontée à l’abandon médical, particulièrement à l’intérieur du pays faute de structures agréées par la CNAMGS.
« Les situations observées sur le terrain sont préoccupantes. Les données de la DCRH font état de près de 500 décès déclarés sur la seule période 2024-2025 et d’environ 600 malades recensés. La santé des personnels n’est ni une faveur, ni un don, ni un privilège : c’est un droit légitime et une condition essentielle de la qualité du service public», a-t-il relevé.
Rompant avec la rhétorique strictement corporatiste, Magloire Memiaga a déporté le débat vers la sphère familiale. Dans une apostrophe directe aux parents d’élèves, la direction du SENA a pointé du doigt les démissions quotidiennes qui sapent le travail des enseignants dans les classes.
« Combien de bulletins de notes restent encore dans les établissements parce que certains parents ne viennent pas les récupérer ? Combien prennent le temps de vérifier ce que leurs enfants transportent dans leurs cartables lorsqu’ils vont à l’école ? Avant l’école, il y a la famille. Après l’école, il y a encore la famille. Soyons de bons parents », a lancé le secrétaire général.
S’adressant directement aux élèves, le responsable syndical les a enjoints à prendre conscience de leur responsabilité citoyenne en rejetant les dérives violentes : « Tu es l’ambassadeur de ta famille, le médecin de demain, l’ingénieur de demain… Tu es le bâtisseur de ta Nation. Éloigne-toi de la drogue et crois en tes capacités. La République compte sur toi. »
Alors que s’ouvre l’année 2026-2027, le SENA prévient qu’il restera intraitable sur la gestion des carrières (avancements, reclassements après stage) et sur la conduite des réformes pédagogiques.
Le syndicat exige notamment l’implication effective des partenaires sociaux dans l’intégration de l’Intelligence Artificielle au sein des programmes, la vulgarisation du Plan Intérimaire de l’Éducation et la mise en œuvre du programme PASEC de la CONFEMEN.
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