AD – Libreville (Gabon) – Par Mozaya Madiba – Dans une analyse fouillée, le citoyen gabonais Francis Jean Jacques Evouna réconcilie deux lectures de la dernière émission du Gabon – 580 millions annoncés à 9,375% et 490 millions réellement encaissés à 12,8% – et pose la question de l’usage de cette dette chère.
Le ministère de l’Économie annonçait 580 millions de dollars levés à 9,375%, un média financier compte 490 millions encaissés pour un rendement de 12,8%. Dans une note intitulée « La gestion de la Cité : lire le prix de l’argent, au-delà du coupon », Francis Jean Jacques Evouna démontre que les deux chiffres sont vrais.
L’opération du 14 octobre porte sur 580 millions de dollars sur huit ans. Selon l’auteur, qui s’appuie sur les calculs du site abokiforex, une décote d’environ 90 millions de dollars – près de 52 milliards de FCFA – ramène le montant réellement perçu par le Trésor avant frais à 490 millions, soit un prix d’émission d’environ 84,5% du nominal.
C’est la mécanique obligataire classique : le coupon de 9,375% est contractuel et calculé sur le nominal. Il représente 54,4 millions de dollars d’intérêts par an. Mais rapporté aux 490 millions réellement reçus, ce taux monte à 11,1%. En ajoutant le remboursement final de 580 millions en 2034, le rendement actuariel atteint bien 12,5 à 12,8%.
Un niveau que Francis Jean Jacques Evouna juge « cohérent avec le risque », rappelant que Moody’s maintient le Gabon à Caa2 avec perspective négative.
Au-delà de l’arithmétique, l’auteur pointe trois angles morts dans la communication officielle : l’absence du prix d’émission et du rendement à l’échéance dans les extraits rendus publics, le paradoxe d’une forte décote malgré un carnet sursouscrit 1,7 fois, et une baisse de 50 points de base qui reste relative puisqu’elle se compare à une émission de juillet déjà à 9,375% sur sept ans.
Avec 1,5 milliard de dollars levés depuis juillet à des conditions à deux chiffres, alors que le programme avec le FMI est encore en négociation, l’enjeu dépasse la querelle de taux, estime-t-il.
« Un emprunt à ce prix ne se justifie que s’il finance des actifs dont le rendement économique dépasse 12%, ou s’il remplace une dette plus chère ou plus urgente. Pour des arriérés, il ne fait que déplacer le fardeau », conclut-il.
Il appelle à publier systématiquement prix, rendement et coût total, à affecter les fonds selon une règle vérifiable et à articuler l’endettement avec une trajectoire de soutenabilité. « Le Gabon a démontré qu’il garde accès aux marchés. Il lui reste à démontrer que cet accès sert son développement et non seulement sa trésorerie. »
Analyse de Francis Jean Jacques Evouna, citoyen gabonais.
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