Le Dr Alphonse Louma Eyougha, de la clandestinité à la thérapie (Portrait d’un combattant)

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AD  –  Libreville (Gabon) – À l’occasion du mois consacré à la lutte contre la consommation et le trafic des drogues, la rédaction d’Africdirect.com met à l’honneur les personnalités qui, par leur engagement et leur vision, contribuent à la préservation de la santé publique. Parmi elles, une figure s’impose avec une singulière constance : le Dr Alphonse Louma Eyougha.

Militant démocratique de la première heure, docteur en pharmacie, addictologue et acteur engagé de la société civile, il traverse près de quatre décennies d’histoire gabonaise sans jamais renoncer à ses convictions.

Au Gabon, la progression des addictions chez les jeunes, la circulation accrue de substances psychoactives et leurs conséquences sanitaires et sociales constituent aujourd’hui une préoccupation majeure.

Face à cette réalité préoccupante, certaines voix avaient pourtant tiré la sonnette d’alarme bien avant que le phénomène ne s’impose dans le débat public. Celle du Dr Alphonse Louma Eyougha figure parmi les plus lucides et les plus constantes.

Son parcours est celui d’un homme qui a toujours refusé l’indifférence face aux défis de son pays. Qu’il s’agisse de démocratie, de santé publique ou de cohésion sociale, il a fait de l’engagement un principe de vie.

Les années de combat

Il y a quarante ans, alors étudiant gabonais en pharmacie au Sénégal, Alphonse Louma Eyougha appartient à cette génération de jeunes intellectuels africains qui rêvent d’un Gabon plus libre, plus juste et plus démocratique.

Dans un contexte politique marqué par le monopartisme, il participe, avec plusieurs compagnons, à la création de l’Union pour la démocratie et le travail (UDT), un mouvement clandestin qui ose défier l’ordre établi.

À une époque où toute contestation politique pouvait être assimilée à une menace contre l’État, ces jeunes militants prennent le risque de porter une autre vision de l’avenir. Leur engagement contribue à nourrir les aspirations démocratiques qui marqueront les décennies suivantes.

Mais si cette période a façonné l’homme public, c’est dans un autre combat, plus discret mais tout aussi essentiel, que le Dr Louma allait laisser une empreinte durable.
Le précurseur de la lutte contre les addictions

Bien avant que les addictions ne soient reconnues comme un enjeu majeur de santé publique, il alerte déjà sur les ravages de l’alcoolisme, du tabagisme et de la toxicomanie.

À travers son organisation de la société civile, Agir pour le Gabon, il multiplie les campagnes de sensibilisation, les conférences et les actions de proximité.

À l’époque, ces préoccupations peinent à mobiliser. Beaucoup les considèrent comme marginales, limitées à quelques cas isolés. Pourtant, le pharmacien perçoit les mutations sociales à l’œuvre et anticipe l’ampleur que prendra le phénomène.

Là où d’autres voient un problème secondaire, lui décèle une urgence future.

Convaincu que la prévention doit s’appuyer sur une expertise scientifique solide, il décide alors de renforcer ses compétences en se spécialisant en addictologie à l’Université Paris-Sud. Cette formation approfondie lui permet d’acquérir les outils nécessaires pour répondre à un défi sanitaire encore largement sous-estimé au Gabon.

Une vision devenue réalité
De retour au pays, le Dr Louma porte une ambition nouvelle : doter le Gabon de structures spécialisées capables d’accompagner les personnes souffrant de dépendances.

Cette vision se concrétise avec la création d’Alia & Zeida Clinique, premier établissement gabonais consacré à la prise en charge des addictions. Une initiative pionnière qui ouvre la voie à une approche moderne de la dépendance, fondée sur l’écoute, le suivi médical, l’accompagnement psychologique et la réinsertion sociale.
Pour de nombreux patients et leurs familles, cette structure représente bien plus qu’un centre de soins : elle devient un espace de reconstruction, d’espoir et de dignité retrouvée.

Une parole qui résonne aujourd’hui
Alors que les autorités sanitaires, les éducateurs et les acteurs sociaux s’inquiètent de la montée de la consommation de drogues chez les jeunes, le parcours du Dr Alphonse Louma Eyougha apparaît sous un jour particulier.

Les risques qu’il dénonçait hier figurent désormais parmi les priorités nationales.
Son approche repose sur une conviction simple : la lutte contre les drogues ne saurait se limiter à la répression des trafics. Elle implique également la prévention, l’éducation, l’accompagnement thérapeutique, la réinsertion sociale et le soutien aux familles.

Depuis plus de vingt ans, il défend cette vision globale, persuadé que chaque situation de dépendance cache avant tout une histoire humaine.

Derrière chaque addiction se trouve souvent un adolescent en quête de repères, une souffrance silencieuse, une famille fragilisée ou un parcours de vie marqué par les difficultés. Combattre les drogues, c’est avant tout protéger des vies et restaurer des trajectoires humaines.

La fidélité à une même conviction

En ce mois consacré à la lutte contre le trafic et la consommation de drogues, l’exemple du Dr Alphonse Louma Eyougha invite à une réflexion collective. Les défis auxquels le Gabon est confronté exigent davantage de mobilisation, de prévention, de solidarité et d’innovation dans les politiques publiques.
Ils nécessitent également de reconnaître ceux qui ont consacré leur existence à anticiper ces enjeux et à construire des solutions concrètes.

Quarante ans après ses premiers combats pour la liberté et plusieurs décennies après ses premières alertes sur les addictions, le Dr Louma demeure fidèle à la même ligne de conduite : servir son pays et ses concitoyens.

Dans un monde où les crises se succèdent et où les repères semblent parfois vaciller, son parcours rappelle qu’un engagement sincère, soutenu par la persévérance, la compétence et le sens de l’intérêt général, peut durablement contribuer à transformer une société.

Si la lutte contre les drogues est aujourd’hui un impératif national, c’est aussi parce que des hommes comme Alphonse Louma Eyougha ont refusé, bien avant beaucoup d’autres, de considérer ce combat comme secondaire.

BM/PIM/26


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