AD – Libreville (Gabon) – Dans un texte personnel publié cette semaine, l’auteur gabonais renverse la logique de la prudence. Se taire, dit-il, devient « complicité ».
Il s’en excuse presque. Puis il parle quand même. Dans une tribune au ton inhabituel, Michel Ongoundou Loundah abandonne la distance de l’analyste pour prendre la plume à la première personne. Un choix assumé : « il est des moments où l’analyse froide ne suffit plus ». Le résultat est un plaidoyer contre l’autocensure qui secoue le débat public gabonais.
De la tentation au devoir
Le texte s’ouvre sur l’aveu. Ongoundou oundah connaît « la tentation du silence ». Celle qui protège la tranquillité, l’image, la sécurité. Il pourrait se taire. Mais il pose une ligne rouge : « il est des heures où se taire cesse d’être une prudence pour devenir une complicité ».
Pour appuyer sa rupture, il convoque Einstein : les nations ne s’effondrent pas seulement sous les coups des tyrans, mais sous le regard de ceux qui ne disent rien. Le diagnostic tombe, sans détour : espace public qui se rétracte, paroles qui se raréfient, inquiétudes confinées aux salons. Une société qui apprend à se censurer elle-même.
« Aimer le Gabon, ce n’est pas l’applaudir dans son agonie »
La deuxième partie du texte démonte un malentendu. Pour l’auteur, patriotisme et complaisance ne sont pas synonymes. Applaudir toutes les décisions du pouvoir, c’est confondre paix sociale et peur, stabilité et mutisme.
Il appuie son propos sur des faits : le Gabon classé 114ᵉ à l’Indice de démocratie libérale, qualifié d’ »autocratie électorale ». Et surtout, deux ruptures institutionnelles en quatre ans, janvier 2019 et août 2023. « Refuser d’examiner les causes profondes de ces événements, c’est prendre le risque de voir l’Histoire se répéter », écrit-il. Une phrase qui fait office de mise en garde.
Ongoundou Loundah vise aussi les élites. Intellectuels, religieux, anciens : tous, dit-il, calculent désormais le prix de chaque mot. Il dénonce un « engagement à géométrie variable » : on ne découvre les vertus de la liberté que quand on perd ses privilèges.
La métaphore de la bougie
Le texte se referme sur une image simple, presque humble. « J’allume ma petite bougie ». Pas une torche, pas un projecteur. Une flamme fragile, individuelle, mais qui éclaire au moins sa conscience.
L’auteur ne prétend pas détenir la vérité ni sauver le pays. Il refuse juste le regret de s’être tu quand les signes étaient visibles. « Si chacun faisait de même, peut-être finirions-nous par repousser la nuit ».
Une tribune de conscience plus que de combat
Au-delà de la critique, c’est un texte de posture. Ongoundou Loundah ne s’attaque pas à un camp. Il s’attaque à la résignation. Sa force vient de là : il parle depuis une dette. « Je dois à ce pays une part essentielle de ce que je suis devenu ».
Formule choc, répétée comme un leitmotiv : « L’amour véritable ne flatte pas. Il avertit ». C’est tout l’esprit de la tribune. Pas un appel à la révolte, mais un refus de détourner le regard.
En choisissant le « Je », Michel Ongoundou Loundah prend un risque personnel. Mais il rappelle une évidence oubliée : dans une démocratie, la dernière frontière entre la république et la terreur, c’est le droit de dire que quelque chose ne va pas.
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