Festival Dol’En scène : des artistes du monde à Dolisie pour susciter des vocations dans le théâtre et les arts de la parole

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AD – Dolisie (Congo) – La biennale internationale de petites formes théâtrales de Dolisie rouvre ses portes cette année sous la supervision de son directeur Abdon Fortuné Koumbha dit KAF et promet de fortes sensations avec des artistes venus du monde tels que le martiniquais Giovanny Germany ; la canadienne Anne-Cathérine Simard, l’allemande Johanna-Yasirra Kluhs ou la camerounaise Becky Beh et bien d’autres.

Dans l’interview qu’il a accordée à ‘‘Les Défis du Congo’’, le directeur de ce festival des arts explique tout.

Propos recueillis à Dolisie par Cyr YOBA

Les Défis du Congo : Nous sommes heureux que vous nous accordiez cette interview. Alors, comment vous définissez vous ?

KAF : Je suis Abdon Fortuné Koumbha dit KAF, directeur de l’Espace Tiné et du Festival Dol’En Scène ; la Biennale internationale de petites formes théâtrales de Dolisie. Je suis également comédien, conteur, metteur en scène et opérateur culturel. Par ailleurs, j’exerce comme expert artistique auprès du Comité international des Jeux de la Francophonie de l’OIF et je suis président du jury « Contes et conteurs » des prochains Jeux de la Francophonie prévus à Erevan en Arménie, en 2027.

LDC : Il y a plus d’une décennie que vous vous êtes installé à Dolisie pour des productions artistiques. Comment cette idée vous est-elle venue, et pourquoi le choix d’un quartier périphérique de la ville comme quartier général?

KAF : Il faut d’abord rappeler que l’Espace Tiné a été créé en 2003 à Brazzaville, à l’issue d’un atelier d’initiation à la pratique du conte que j’avais organisé au Centre de Formation et de Recherche en Art Dramatique (CFRAD).

En 2014, nous avons décidé de nous installer à Dolisie avec une ambition claire : contribuer à la décentralisation des arts et de leur pratique au Congo. À l’époque, nous avions constaté que l’essentiel des activités culturelles était concentré à Brazzaville et Pointe-Noire. Pourtant, Dolisie, troisième ville du pays, était devenue au fil des années une sorte de désert culturel.

Nous sommes donc venus ici pour susciter des vocations, en proposant des spectacles de contes et de théâtres venus d’Afrique, d’Europe ou encore d’Amérique, mais aussi pour initier les publics et former les personnes intéressées par les métiers artistiques.

Quant au choix de Mangandzi, un quartier excentré, il s’explique par le fait que c’est là que nous avons pu acquérir des parcelles pour y ériger ce Centre culturel et social.

LDC : Quels objectifs visez-vous en allant ici à Dolisie faire vivre l’art théâtral ?

KAF : Notre objectif principal est de rendre les arts accessibles à tous, particulièrement aux populations éloignées de grands centres culturels. Nous voulons éveiller des vocations, former les jeunes et créer un véritable espace d’échange autour du théâtre et des arts de la parole.

L’Espace Tiné organise aujourd’hui deux grands festivals, à savoir : le festival Dol’En Scène ; la Biennale de petites formes théâtrales de Dolisie, qui se tient chaque année paire durant les deuxièmes et troisièmes semaines du mois de juin, ainsi que le festival RIAPL (Rencontres itinérantes des arts de la parole et du langage), organisé les années impaires.

LDC : Sentez-vous l’adhésion de la population locale ?

KAF : Oui, absolument. Les populations locales sont très réceptives et demandeuses. Il suffit de voir l’engouement autour des spectacles : les gens viennent très tôt pour être certains d’avoir une place.

LDC : Quels accompagnements avez-vous reçus de la part du gouvernement et des autorités locales pour la réussite de cette mission que vous vous êtes assignée ?

KAF : Pour être honnête, nous n’avons jamais bénéficié d’aucun accompagnement concret, si ce n’est un soutien moral.

LDC : Cette année, quelles activités avez-vous retenues pour Dolisie et avec quels acteurs ?

KAF : En prélude au Festival Dol’En Scène, qui se tiendra du 13 au 19 juin 2026, nous accueillons plusieurs résidences artistiques internationales.

Il y a d’abord Chemin forgeant, du 19 mai au 13 juin. Il s’agit d’un texte de Bernard Lagier (Martinique), mis en scène par moi-même. La création lumière est assurée par Anne-Catherine Simard (Canada) et l’interprétation par Sorel Boulingui (Congo). C’est une production de la Compagnie Calinawax & Co, en partenariat avec l’Espace Tiné.

Nous accueillons également ‘’Le souffle des enfants du Loubomo’’, du 25 mai au 19 juin. Les artistes Johanna-Yasirra Kluhs (Allemagne) et Becky Beh (Cameroun) travaillent avec des enfants du quartier Mangandzi, âgés de 9 à 14 ans, afin de créer un spectacle après une phase d’initiation et de formation.

La scénographe Rosine Nkem (Cameroun) réalisera une scénographie immersive intitulée ‘’L’Âme des objets’’ au sein du village du festival.

Par ailleurs, Giovanny Germany (Martinique) sera en résidence d’écriture du 30 mai au 19 juin autour du projet Le Grand Atelier – Recherche-création autour de La Vaillante.

Enfin, plusieurs spectacles venus de RDC, de Guyane, de Martinique, de Côte d’Ivoire, d’Allemagne et du Congo seront présentés durant le festival.

LDC : Quels sont vos soutiens ; qui vous aide à vous déployer sur le terrain depuis toutes ces années ?

KAF : Cette édition est certainement la plus difficile que nous allons organiser. Aussi surprenant que cela puisse paraître, aucun de nos partenaires habituels n’a pu répondre favorablement, principalement en raison de coupes budgétaires drastiques.

Nous avons donc été contraints de revoir notre programmation et d’annuler plusieurs propositions artistiques. Malgré cela, quelques partenaires nous ont permis de maintenir les résidences et certains spectacles.

Je tiens surtout à remercier des amis et des donateurs qui nous soutiennent de manière précieuse. C’est grâce à eux, mais aussi grâce à l’engagement total de l’équipe du festival, que nous nous battons pour sauver cette édition. Les populations de Dolisie ont besoin de ce rendez-vous culturel.

LDC : A quand le lancement effectif des activités et la clôture ?

KAF : Les activités ont déjà commencé avec les différentes résidences artistiques. Quant au festival proprement dit, il se déroulera du 13 au 19 juin 2026.

LDC : Quelles sont les perspectives d’avenir ?

KAF : Notre ambition est de continuer à faire vivre ce lieu et à apporter les arts et la culture sur ce territoire. C’est, à notre manière, notre modeste contribution à l’humanité.

LDC : Les Défis du Congo vous remercie. KAF : C’est nous ; car votre perche nous donne la possibilité de nous ouvrir au monde.

Source : lesdefisducongo.com


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