AD – Libreville (Gabon) – Dans la Ve République, l’action publique ne se joue plus seulement dans les ministères. Depuis Libreville, un tissu d’ONG et d’associations locales et internationales transforme le quotidien des Gabonais, du quartier d’Alibandeng aux forêts du Woleu-Ntem. Leur point commun : un ancrage de terrain solide, des financements structurés, et un impact mesurable.
Voici un tour d’horizon de quelques uns de ces acteurs qui bâtissent, souvent dans l’ombre, le Gabon de demain.
1. Environnement, forêts et climat : protéger l’héritage naturel
Le Gabon porte 88% de sa superficie en forêt. C’est là que des structures comme *Brainforest Gabon* interviennent depuis des années pour défendre le bassin du Congo et sa biodiversité. Sur le terrain, elles documentent, sensibilisent et accompagnent les communautés dans la gestion durable.
À Libreville, *l’ONG Développement Durable et Bien-Être* mise sur la jeunesse. Son pari : faire de l’éducation climatique un levier de citoyenneté.
Pionnière dans son domaine, *Gabon Ecologie* travaille directement avec les communautés pour ancrer le développement durable dans les pratiques locales.
Dans la mangrove, *Les Amis de la Lowé*, dirigée par Guilann Ibinga, reboise les palétuviers, développe l’écotourisme au Village de la Lowé et forme les jeunes via le Club Green School.
À l’échelle régionale, le *REPALEAC* coordonne au Gabon la défense des droits des peuples autochtones, notamment Pygmées, et la protection de leurs forêts ancestrales. Sous la coordination de Jeanne Marthe Minkoué-Mi-Ella, le réseau travaille avec l’Initiative des droits et ressources pour faire de la conservation communautaire une réalité.
2. Social, humanitaire et droits humains : être présent quand ça compte
Quand l’urgence frappe, *la Croix-Rouge Gabonaise* est sur le terrain. Acteur incontournable de l’aide d’urgence, elle accompagne aussi les populations vulnérables sur le long terme.
La défense des droits fondamentaux est portée par des organisations comme *Waris Comité Droits Humains*, reconnue pour son travail contre la corruption et pour la protection des libertés.
Dans le social de proximité, *l’ONG DOSAMIA* apporte un soutien direct aux orphelins, veuves et personnes âgées.
*L’ONG Malachie*, fondée et présidée par Pepecy Ogouliguendé, députée de la Transition et alumni des programmes américains, agit sur trois fronts : l’autonomisation économique des femmes via un centre d’incubation et une boutique solidaire d’agrobusiness, l’éducation des jeunes filles orphelines, et le leadership transformationnel avec le programme Lead’Life by Pepecy. Présente auprès des institutions, elle porte la voix des plateformes féminines dans les politiques de lutte contre la pauvreté.
*La Fondation Orema G’Ilewè*, présidée par Blandine Rita Lebondo Le-Mali, structure son action autour de la santé, l’éducation et l’autonomisation. Elle finance la réhabilitation d’infrastructures pédiatriques, équipe les bibliothèques via le projet « Livres pour tous », et organise des panels pour valoriser le rôle économique et numérique des femmes gabonaises.
*La Fondation Internationale Acacia*, présidée par Virginie Lekouta, déploie des caravanes médicales gratuites sur tout le territoire. Son plan d’action 2024-2026 vise à professionnaliser encore davantage ses services de santé et à fédérer les ONG locales lors de rassemblements à Port-Gentil et ailleurs.
*L’ONG Takhawou Askane-Wi [Action Humanitaire Solidarité Paix]*, présidée par El Hadj M. Kab Diawara, intervient auprès des populations les plus vulnérables. Son nom wolof signifie « Assister les personnes en détresse », et l’action suit le sens. Elle accompagne la réinsertion des ex-détenus en les formant à des métiers comme la maçonnerie, la mécanique, la couture et la bijouterie. Elle organise des actions de solidarité à la Prison centrale de Libreville, notamment des distributions de repas lors du Ramadan. L’ONG mène aussi des campagnes ciblées pour les personnes handicapées, à l’exemple de l’association des Sourds-Muets du Gabon, et apporte une assistance matérielle et morale aux orphelins et enfants de la rue.
3. Paix, cohésion et participation citoyenne : reconstruire le lien
La transition politique a donné un élan nouveau à la société civile. *Women Go for Peace [WGP]*, dirigée par Hermina Akazong Sabikanda, travaille à l’inclusion des femmes, des jeunes et des personnes vulnérables dans les processus de décision.
Avec l’International IDEA, WGP a mené des missions de monitoring des violences électorales. Avec l’UNOCA, elle a vulgarisé les conclusions du Dialogue National Inclusif dans plusieurs provinces, à travers le Projet d’appui pour la participation des femmes, des jeunes et des personnes vulnérables au processus de transition post dialogue. Ses caravanes de sensibilisation et d’information menées notamment avec l’appui de l’IRI et de l’OIF vont directement à la rencontre des femmes dans les marchés et les quartiers.
*La Task Force Okoumé*, structurée autour de Fabrice Djoué, est une organisation non gouvernementale à vocation sociale engagée dans le plaidoyer citoyen, l’accompagnement des politiques publiques et la promotion du développement national.
Elle agit concrètement sur des enjeux majeurs tels que l’habitat précaire, le chômage des jeunes et le renforcement de la participation citoyenne.
Dans une dynamique de proximité avec les populations, ses bénévoles mènent des actions de terrain, notamment la rénovation de logements à Libreville, l’organisation de cafés citoyens à Port-Gentil et des campagnes d’inscription sur les listes électorales.
*L’Association L’Un Vaut L’Autre [UVA]* mise sur l’entraide de quartier : soutien socio-économique, journées récréatives pour la jeunesse, redistribution et écoute des personnes vulnérables.
4. Culture et identité : transmettre pour durer
La culture est aussi un levier de résilience. *Génération Ekang*, basée à Libreville, œuvre pour la transmission du patrimoine Fang-Beti-Bulu. Cours de langue au Collège Bessieux, publications sur les rites de passage, immersion culturelle pendant les vacances : l’association lutte contre la perte linguistique tout en valorisant le Mvet, inscrit à l’UNESCO.
5. Solidarité et foi : un réseau structuré d’entraide
La communauté féminine musulmane gabonaise s’organise à travers une quarantaine d’associations coordonnées par le Bureau de la condition féminine du CSAIG.
*L’Association de la Solidarité des Femmes Musulmanes du Gabon [ASFMG]*, dirigée par Aïcha Bouka, distribue des kits alimentaires pendant le Ramadan, y compris aux familles chrétiennes démunies.
*La Fédération des Associations des femmes musulmanes du Gabon*, *l’Association des Filles Musulmanes de Libreville* et *l’Association des Femmes Musulmanes Cadres du Gabon* complètent le dispositif avec des actions d’éducation, de santé publique et de médiation sociale.
6. Les partenaires internationaux sur le terrain
Elles complètent le dispositif local. *Médecins Sans Frontières* intervient sur l’urgence médicale, *Action contre la Faim* sur la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau. Leur présence renforce la réponse aux crises et apporte une expertise technique aux structures nationales.
*Un modèle qui marche : local + structuré = impact*
Ce qui distingue ces organisations, c’est leur capacité à lier proximité et professionnalisation. Elles ne se contentent pas d’assister : elles forment, équipent, plaident, et construisent des solutions durables.
Dans la Ve République, elles constituent un relais essentiel entre l’État et les citoyens. Leurs actions méritent d’être connues, soutenues et reconnues. Car au-delà des discours, c’est sur le terrain que se joue la transformation sociale du Gabon.
MM/PIM/ad/26