AD -Libreville (Gabon) – Par Mozaya Madiba – Il y a des dimanches qui ressemblent à des bulletins météo. Celui du 11 octobre annonçait un léger remaniement et a finalement livré un orage : Camélia Ntoutoume Leclercq a disparu de la liste.
Pendant des mois, on la donnait blindée. Élue de Ntoum, Ministre d’Etat, survivante de tous les gouvernements depuis l’ère Bongo, reconduite par la Transition. Indeboulonnable. Jusqu’à hier.
Son parapluie s’est déchiré en juin. C’est là que sort ce que Libreville appelle désormais « le dossier craie ». Dans les sous-sols de l’Education Nationale, on aurait découvert une comptabilité créative : des vacations de profs qui se transforment, une fois remontées à la centrale, en heures extensibles. Même enseignant, même cours, mais facture beaucoup plus dodue. L’écart ? Plus d’un demi-milliard de FCFA qui se volatilise.
Les premiers à tomber sont les petites mains. Vingt agents de la Direction centrale des affaires financières et leur directeur financier sont interpellés. Et tous, avec un bel ensemble, ont la même ritournelle devant les enquêteurs et les caméras de Gabon 24 : « Nous n’étions que des exécutants. Regardez qui signe en bas de la page. »
Regarder qui signe, c’est justement ce qui a mis le feu.
Comment imaginer que la cheffe d’un département qui signe chaque dépense, qui défend chaque ligne budgétaire à l’Assemblée, n’ait rien vu venir ? C’est la question que les syndicats ont posée, en boucle, depuis quatre mois. Dans les salles des maîtres, on ironisait : l’argent prévu pour payer les heures sup’ sous la tôle aurait financé autre chose que des craies.
De son côté, l’intéressée a tenté l’esquive classique : des collaborateurs zélés, une trahison de l’ombre, sa bonne foi intacte. Elle a continué de porter le budget rectificatif comme si de rien n’était. Mais à force de plaider l’ignorance, elle est devenue le symbole de ce que la Ve République dit vouloir enterrer : l’impunité en col blanc.
D’où la décision de dimanche. Oligui Nguema ne l’a pas mise à la porte avec fracas. Il l’a simplement effacée de la liste. Méthode plus froide, effet plus brutal. Traduction politique : à Ntoum on peut être puissant, à Libreville plus personne n’est à l’abri. Et surtout, l’école n’est pas une caisse.
Reste une interrogation qui n’a rien de satirique : depuis juin, aucun parquet n’a communiqué sur la suite de l’instruction, aucun franc n’a officiellement été récupéré. Virer une ministre, c’est un signal. Faire les comptes, et récupérer l’argent des enseignants, ce serait un bilan.
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