« La liberté d’expression n’est pas la liberté d’injurier », dixit Jeff Gaël Apanga

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AD – Libreville (Gabon) – Par Jeff Gaël R. APANGA/ Acteur politique – « La liberté d’expression n’est pas la liberté d’injurier ».

Mesdames et Messieurs de la presse,

Chers compatriotes,

Il est des moments où se taire peut être interprété comme de l’indifférence. Il est aussi des moments où la responsabilité d’un leader politique lui commande de dépasser les considérations partisanes pour défendre ce qui nous appartient à tous : la République, ses institutions et la dignité de ceux qui les incarnent.

C’est dans cet esprit que je prends aujourd’hui la parole.

Des propos attribués à Monsieur Ange Landry Beng, connu sous le pseudonyme de “Kiki Lanlair”, et diffusés sur les réseaux sociaux, ont récemment pris pour cible le Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, ainsi que des membres de sa famille.

Si l’authenticité et les circonstances exactes de ces publications devront naturellement être établies par les autorités compétentes, leur contenu, tel qu’il a été porté à notre connaissance, appelle de notre part une condamnation ferme.

Nous devons tracer une ligne rouge.

Dans une démocratie, le Président de la République peut être critiqué.

Son Gouvernement peut être critiqué.

Ses décisions peuvent être contestées.

Sa politique peut faire l’objet du débat le plus vigoureux.

C’est cela aussi, la démocratie.

Mais la démocratie n’est pas l’anarchie verbale.

La liberté d’expression n’est pas la liberté d’humilier.

La critique politique n’est pas l’injure.

Et le désaccord politique ne saurait justifier que l’on s’en prenne à l’épouse, à la mère ou à la famille d’un responsable public.

Lorsqu’on quitte le terrain des idées pour descendre sur celui de l’invective personnelle, nous ne sommes plus dans le débat démocratique : nous sommes susceptibles d’entrer dans le champ de la responsabilité prévue par la loi.

LE DROIT GABONAIS EST CLAIR

Le Code pénal de la République gabonaise protège l’honneur et la considération des personnes et prévoit spécifiquement le régime applicable à l’outrage envers le Président de la République.

De même, les dispositions relatives à la diffamation et à l’injure protègent les particuliers contre les atteintes portées à leur honneur et à leur considération.

Plus récemment encore, la République gabonaise s’est dotée d’un dispositif spécifique encadrant l’usage des réseaux sociaux et des plateformes numériques.

Ce dispositif rappelle un principe simple :

Internet n’est pas une zone de non-droit.

Ce que l’on publie derrière un écran peut engager la responsabilité de son auteur comme de ceux qui participent, dans les conditions prévues par la loi, à la diffusion d’un contenu illicite.

Et cette exigence n’est nullement contraire aux principes internationaux de liberté d’expression.

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques protège effectivement la liberté d’expression, mais rappelle également que son exercice comporte des devoirs et des responsabilités, notamment lorsqu’est en cause le respect des droits et de la réputation d’autrui.

La Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples consacre elle aussi le droit d’exprimer et de diffuser ses opinions dans le cadre des lois et règlements.

NOTRE RÉPONSE SERA JUDICIAIRE, PAS PERSONNELLE

C’est précisément parce que nous croyons à l’État de droit que nous refusons la justice de la rue, les menaces, les représailles et les règlements de comptes.

Nous ne répondrons donc pas à l’injure par l’injure.

Nous répondrons par le droit.

En conséquence, j’annonce solennellement avoir décidé d’engager les diligences nécessaires en vue de la saisine des juridictions et autorités compétentes de la République, afin que les faits attribués à Monsieur Ange Landry Beng, alias « Kiki Lanlair », soient examinés, que leur authenticité soit établie et que, s’il y a lieu, les qualifications juridiques appropriées soient retenues par les autorités judiciaires.

Nous transmettrons aux autorités compétentes les éléments numériques dont nous disposons afin qu’elles puissent être examinés conformément à la loi.

Il appartiendra exclusivement à la Justice de déterminer les responsabilités éventuelles.

Car dans la République que nous voulons construire, personne ne doit être condamné par anticipation, mais personne ne doit non plus se croire au-dessus de la loi.

IL S’AGIT D’UN COMBAT PLUS GRAND QU’UN HOMME

Notre démarche ne vise pas à soustraire le Président de la République à la critique.

Bien au contraire.

Une démocratie mature doit accepter la contradiction, la satire, l’interpellation citoyenne et même la contestation.

Mais une démocratie mature doit également apprendre à distinguer la liberté de parole de la violence verbale, la critique de l’injure et l’opposition politique de l’atteinte à la dignité humaine.

Aujourd’hui, c’est Brice Clotaire Oligui Nguema.

Demain, ce pourrait être un ministre.

Après-demain, un opposant.

Puis un journaliste, un activiste, un responsable associatif ou n’importe quel citoyen gabonais.

Voilà pourquoi nous devons défendre un principe et non simplement un homme : la dignité humaine n’a pas de coloration politique.

Je lance donc également un appel à l’ensemble de la classe politique, majorité comme opposition, aux activistes, aux journalistes, aux influenceurs et à tous nos compatriotes : élevons le débat public gabonais.

Nous pouvons être adversaires sans devenir ennemis.

Nous pouvons combattre des idées sans détruire des personnes.

Nous pouvons interpeller nos gouvernants sans humilier leurs familles.

Et nous pouvons exercer pleinement notre liberté sans piétiner celle et la dignité des autres.

La République doit rester plus forte que nos passions.

Nous choisissons donc la République.

Nous choisissons le droit.

Nous choisissons la Justice.

Et désormais, que la Justice fasse son travail, en toute indépendance et dans le respect des droits de chacun.

Je vous remercie.

JGA/PIM/ad/26


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