AD – Libreville (Gabon) – Par Niantou Tchitembo : Le Dr Alphonse Louma a, une nouvelle fois lancé un cri d’alarme récemment dans un café de presse pour une prise en charge des personnes souffrant d’addictions aux drogues et d’autres troubles associés.
À travers cette rencontre avec les médias, le médecin entend une nouvelle fois attirer l’attention des pouvoirs publics, mais également de l’ensemble de la société gabonaise, sur la situation des personnes confrontées aux addictions et aux maladies mentales.
Pour le Dr Louma, il ne s’agit pas seulement d’un problème médical. C’est une question de responsabilité collective et de solidarité nationale.
« C’est un appel à la mobilisation patriotique, c’est un appel à plus de conscience individuelle et collective sur la prise en charge des addictions et du traitement de la maladie mentale », a-t-il déclaré.
« Chacun doit allumer sa petite bougie »
S’appuyant sur les années d’expérience de terrain de son centre de traitement des addictions et de l’ONG Agir pour Gabon, le médecin affirme avoir été confronté, au fil des années, à la souffrance de nombreux gabonais touchés par la dépendance ou par des troubles psychiatriques.
« En six ans d’existence de notre centre de traitement des addictions, et en 31 ans d’existence de l’ONG Agir pour Gabon, nous avons été sur le terrain. Nous avons rencontré les gabonais dans leur souffrance, dans la maladie addictive, dans la maladie psychiatrique, et on a compris qu’il fallait faire quelque chose. C’est ce qu’on a fait », a-t-il expliqué.
Pour illustrer son engagement, le Dr Alphonse Louma Eyouga, reprend une image qui lui est chère : celle de la petite bougie qui permet d’apporter de la lumière dans l’obscurité.
« Nous devons allumer notre petite bougie plutôt que de maudire l’obscurité. Chacun doit allumer sa petite bougie », insiste-t-il, appelant chaque citoyen à apporter, à son niveau, un peu de lumière, de soutien et d’humanité aux personnes en difficulté.
Briser les préjugés et l’exclusion
Le médecin déplore par ailleurs la stigmatisation dont sont victimes les personnes souffrant de troubles mentaux ou d’addictions.
Dans la rue, certaines sont encore désignées de manière péjorative comme des « fous », alors qu’il s’agit avant tout de personnes malades nécessitant des soins et un accompagnement adapté.
« Un pays qui ne soigne pas ses malades mentaux est un pays malade », a martelé le Dr Alphonse Louma Eyouga.
Selon lui, les addictions comme les maladies psychiatriques sont des maladies chroniques qui nécessitent une prise en charge médicale, psychologique et sociale sur le long terme.
Il appelle donc à une véritable mobilisation nationale afin d’éviter la marginalisation et l’exclusion sociale.
« Évitons la schématisation, évitons l’exclusion sociale. Ces personnes qui sont ici, beaucoup ont recouvré leur santé », a-t-il souligné, en référence aux patients pris en charge dans son établissement.
Le soutien salué de la Première Dame
Au cours de ce café de presse, le Dr Alphonse Louma Eyouga a également tenu à saluer les premières démarches entreprises par la Première Dame du Gabon, Zita Oligui Nguema, en faveur d’une meilleure prise en charge des addictions.
Lors de son récent déplacement en France, dans le cadre de la visite d’État du président de la République, la Première Dame s’est notamment rendue dans une structure spécialisée dans le traitement des addictions afin de s’informer sur l’expertise française dans ce domaine.
Pour le Dr Louma Eyouga, cette démarche constitue un signal encourageant. Il estime toutefois que cette expertise ne doit pas rester extérieure au Gabon.
Elle peut, selon lui, être adaptée et renforcée grâce à l’expérience acquise par les professionnels gabonais sur le terrain.
Il cite notamment son confrère et collègue Jean-Jacques Yinguas, psychologue et addictologue, avec lequel il a été formé à l’université Paris-Sud. Une expertise qu’ils mettent aujourd’hui au service des patients au Gabon.
Une expertise française qui se conjugue avec l’expérience gabonaise
Le médecin veut ainsi défendre l’idée d’une coopération qui ne soit pas à sens unique.
« Nous avons une expertise française qui fleurit au Gabon, mais avec l’apport gabonais », explique-t-il.
Après plusieurs années de pratique au contact des réalités locales, les professionnels gabonais ont, selon lui, enrichi les approches apprises à l’étranger en les confrontant aux réalités sociales et culturelles du pays.
À travers ce nouveau coup de projecteur sur les addictions et les maladies mentales, le Dr Alphonse Louma Eyouga souhaite donc provoquer une prise de conscience plus large.
Son message s’adresse aux autorités, mais aussi aux familles, aux professionnels de santé et à chaque citoyen : ne pas détourner le regard, ne pas stigmatiser, mais accompagner et soigner.
Car derrière chaque addiction et chaque maladie mentale, rappelle-t-il, il y a avant tout un être humain qui peut être aidé, soigné et réinséré dans la société.
Pour lui, il est désormais temps que cette cause devienne une véritable priorité nationale.
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