AD – Libreville (Gabon) – À l’occasion du 5ᵉ anniversaire de la clinique Alia et Zelda, couplé à la Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite de stupéfiants, le président de l’ONG Agir pour le Gabon, le Dr Alphonse Louma Eyougha, a lancé un appel pressant aux autorités gabonaises pour faire de la lutte contre la drogue une véritable priorité nationale.
Une conférence marquée par la participation remarquée de l’Office central de lutte contre les drogues (OCLAD), venu présenter au public les différentes formes de stupéfiants qui circulent aujourd’hui au Gabon et les édifier sur les dangers.
Au-delà de la sensibilisation, cette rencontre a surtout été l’occasion d’interpeller les pouvoirs publics sur ce que le médecin qualifie de manque d’engagement face à un phénomène qui menace la jeunesse gabonaise.
« Aujourd’hui, nous sommes là pour défendre la santé publique et nos enfants qui sont en danger. Et l’État reste sourd à nos cris de détresse » a-t-il déploré
Dans son intervention particulièrement critique, le Dr Louma Eyougha est revenu sur plusieurs affaires qu’il estime révélatrices des difficultés rencontrées dans la lutte contre le trafic de stupéfiants au Gabon.
Il a notamment évoqué l’affaire de 2011 impliquant de hauts responsables de l’État, les déclarations faites par les militaires après le changement de régime de 2023 sur la présence de trafiquants de drogue au sein de l’ancien pouvoir, ainsi que l’absence, selon lui, d’informations publiques sur les suites judiciaires de ces dossiers.
Le président d’Agir pour le Gabon a également dénoncé la découverte d’une fausse ordonnance portant la signature du président de la République, présentée lors d’une audition devant la Commission Santé de l’Assemblée nationale.
« Les acteurs de la lutte contre le tabac mènent un combat difficile contre une mafia » , a-t-il indiqué.
Pour lui, le trafic de stupéfiants dépasse largement la seule question de la consommation.
« Quand on parle de trafic illicite de drogue, comprenez les homicides volontaires et involontaires, le blanchiment de capitaux, le trafic d’influence, le mensonge, l’omerta… »
Le Dr.Alphonse Louma Eyougha a regretté que son ONG mène depuis trois décennies des actions de prévention sans bénéficier d’un véritable accompagnement de l’État.
« Depuis 30 ans que l’ONG Agir pour le Gabon combat la drogue, nous n’avons reçu aucune subvention, aucune aide de l’État. Et pourtant aujourd’hui, nous sommes là en train de travailler pour l’État », a martelé le Dr Louma.
Moment fort de cette journée : la démonstration réalisée par les équipes de l’Office central de lutte contre les drogues.
Le capitaine chimene Eyeang Nguema, chef de service prévention et relation extérieures, a présenté plusieurs produits souvent saisis sur le terrain : cannabis sous différentes formes (feuilles séchées, cookies, chewing-gums, boissons, huiles, savons), tramadol, diazépam, morphine, héroïne, cocaïne, crack et autres dérivés.
L’objectif était de permettre aux familles, aux jeunes et aux professionnels de reconnaître ces produits et de comprendre leurs effets sur l’organisme.
« Quelle que soit la forme que prend ce produit aujourd’hui, il reste très nuisible pour l’organisme humain » à t-elle indiquée
L’officier a rappelé que les stupéfiants agissent comme dépresseurs, hallucinogènes ou stimulants, provoquant notamment agressivité, confusion mentale, dépendance et troubles du système nerveux.
« Aujourd’hui, les arrestations se font tous les jours. Les arrestations ne se limitent plus aux personnes adultes. Malheureusement, nous interpellons aussi les mineurs », a-t-elle relevé.
Face à cette évolution, l’Office affirme renforcer progressivement son dispositif avec l’ouverture de nouvelles antennes sur le territoire.
Parents, citoyens : chacun a un rôle à jouer
Au-delà de la répression
« Nous interpellons les parents à prendre conscience du fait que les enfants se donnent à l’usage des produits stupéfiants. C’est à eux de faire le premier travail, de veiller sur leurs enfants », a exhorté L’officier de police.
Elle a également invité les citoyens à signaler anonymement tout trafic suspect, rappelant que les dénonciateurs bénéficient d’une protection de leur identité.
Cette journée aura mis en évidence une réalité préoccupante : la lutte contre les drogues ne peut reposer uniquement sur les forces de sécurité ou les associations.
Les organisateurs estiment qu’elle exige une volonté politique affirmée, des moyens adaptés, un renforcement des structures de prévention et de soins, ainsi qu’une implication permanente des familles et de l’ensemble de la société.
Le message porté par cette commémoration est clair : face à un trafic qui se diversifie, touche désormais les mineurs et exploite de nouvelles formes de commercialisation, le Gabon est appelé à faire de la lutte contre les stupéfiants une véritable cause nationale avant que le phénomène ne prenne une ampleur encore plus difficile à contenir.
MM/PIM/ad/26