Gabon-Diaspora : législatives 2025, la culture grand absent du débat ( Tare Evivi Nguema)

AD – Libreville (Gabon) – A l’approche des législatives, la scène politique gabonaise est animée par des enjeux prioritaires tels que l’emploi, les infrastructures, ou encore la santé, tandis que la culture demeure largement marginalisée dans les propositions d’avant campagne des candidats.
Cette omission interroge, notamment dans un pays qui affiche déjà un budget culturel modeste, à peine supérieur à 1 % du PIB et surtout dans un contexte mondial où le Soft Power est devenu un levier économique incontournable.
La nouvelle Constitution de 2024, adoptée par référendum, affirme un attachement formel aux valeurs culturelles du pays, au patrimoine matériel et immatériel, et au respect des libertés sociales.
Pourtant, cette vision n’a pas trouvé d’écho dans les propositionsdes candidatsaux législatives. Aucune proposition concrète n’a été faite pour soutenir et promouvoir le patrimoine culturel gabonais à l’étranger.
Le candidat devenu président de la république Brice Clotaire Oligui Nguema avait annoncé de faire de la culture une de ses priorités.
D’ailleurs, à peine investi, le chef de l’État a opportunement rebaptisé le ministère de la culture en y ajoutant « rayonnement culturel « ; indiquant par là même sa volonté de faire briller le Gabon partout à travers sa culture.
Cela passe d’abord par une diplomatie culturel forte à travers le monde comme nous venons de le voir lors l’exposition universelle à Osaka (Japon) au cours de laquelle les Gabon a su montrer avec brio sa richesse culturelle.
Sur ce point de la diplomatie culturelle, les candidats sont assez timides ou font preuve d’un désintérêt.
En ce qui concerne l’ambassade du Gabon à Paris, elle dispose d’une bibliothèque dénommée Bibliothèque de l’Ogooué qui mérite redynamisée afin d’en faire un espace culturel plus grand et plus vivant avec en option offrir une possibilité de résidence artistique pour les artistes de la diaspora et ceux vivants au Gabon trop souvent méconnus.
Cela permettrait aux artistes gabonais d’exprimer tout leur talent mais surtout, ces moment de vitalité et d’émulation culturel, seraient une opportunité de donner encore plus de visibilité au patrimoine culturel gabonais.
Outre la diplomatie culturelle, le chantier de la restitution des biens culturels gabonais reste oublié.
En effet, le patrimoine culturel gabonais détenu dans les musées occidentaux et les collectionneurs privés appelle à une mobilisation forte. Les futurs députés devront se battre et en faire une des priorités de leur mandat.
D’abord en proposant des lois à l’assemblée nationale visant à protéger et sécuriser la sortie des objets culturels gabonais.
Mieux, les députés de la diaspora doivent, de concert avec le ministère de la culture, les ambassades du Gabon en Europe et aux États-Unis sur la mise en place ou disons la restauration d’une commission nationale sur la restitution du patrimoine culturel gabonais.
Cela oblige les députés gabonais de la diaspora à discuter avec les institutions culturelles européennes détentrices de nos biens culturels mais aussi à ouvrir des séances de travail avec l’UNESCO, L’OIF et les parlements des pays concernés par cette question des restitutions.
Car s’il est vrai que des choses avaient été entreprises depuis 2017 au Gabon, elles ont malheureusement été trop vite enterrées.
Enfin, en dehors de la diplomatie culturelle et de la question des restitutions, un autre chantier important mérite d’être entrepris : faire du 17 août, la fête nationale un véritable moment de cohésion des gabonais à l’étranger.
Cela consiste d’aller au-delà des « Barbecue/Bedoume Party » qui sont des magnifiques moments de partage et de convivialité en initiant des séquences de découverte de la culture gabonaise à travers la projection de films, la présentation de livres et la diffusion de la musique du Gabon comme cela se faisait avant 2016 grâce aux dynamisme des associations gabonaises à l’étranger. Cela implique par exemple une révision des missions du Conseil Gabon de France en insufflant une touche culturelle supplémentaire.
Ces deux chantiers sont vastes et exigent des députés de la diaspora une réelle vision et un dépassement des partis politiques.
Car, si la culture est régulièrement invoquée comme pilier de l’identité gabonaise, leur absence dans les débats électoraux des législatives traduit certainement un manque de vision politique à long terme qui transcende les clivages politiques.
Le pays ne peut se passer d’une véritable stratégie de rayonnement culturel incarnée par des engagements visibles, robustes, et portés par sa diaspora. Et cette vision ne se construit pas seulement avec des hommes nouveau mais avec un nouveau logiciel et des idées nouvelles et plus pragmatiques.
TEN/PIM/ad/25