Ali Akbar Onanga, proche d’Ali Bongo tire au bazooka sur le nouveau régime
AD – Libreville (Gabon) – Ali Akbar Onanga Y’Obegue, ancien ministre et secrétaire général autodesigné du Parti démocratique gabonais (PDG) et proche Ali Bongo Ondimba, dans une publication sur sa page Facebook a, denouveau tiré à la mitraillette sur le nouveau régime issue du coup d’état militaire du 30 août 2023.
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Dès son arrivée au pouvoir, le régime issu du coup d’État du 30 août 2023 a construit sa légitimité sur une promesse de rupture et de redressement, articulée autour d’une affirmation initiale que le pays disposait de ressources : « le pays a de l’argent ». Or, ce discours premier est aujourd’hui en contradiction frontale avec la rhétorique des « contraintes héritées » brandie pour expliquer l’incapacité à honorer les engagements pris et à répondre aux réalités quotidiennes des Gabonais.
À mesure que les coupures d’électricité se banalisent, que la vie chère s’installe et que les tensions sociales s’exacerbent, cette formule est devenue l’argument réflexe, invoqué pour neutraliser toute critique et exonérer ceux qui gouvernent de l’obligation de rendre compte. Un régime qui passe plus de temps à se justifier en invoquant sans cesse le passé révèle moins la gravité de l’héritage que l’épuisement et l’incompétence structurelle de son propre projet.
I. L’ARGUMENT DES DIFFICULTÉS HÉRITÉES EST UNE CONTRE-VÉRITÉ FACTUELLE
Le récit officiel du 30 août 2023 ne parlait pas d’argent
Le coup d’État du 30 août 2023 n’a jamais été justifié par une faillite financière de l’État gabonais. Les motifs invoqués par le CTRI relevaient du registre politique, institutionnel et moral : gouvernance défaillante, légitimité électorale contestée, restauration des institutions confisquées, dégradation de la démocratie et manipulation électorale. À aucun moment, le Gabon n’a été présenté comme un État ruiné ou en cessation de paiement.
Si la situation financière avait été catastrophique, elle aurait constitué l’argument le plus puissant pour légitimer une rupture de l’ordre constitutionnel. Or, cet argument n’a jamais été usité. Cela signifie une chose simple, la faillite financière n’existait pas au moment de la prise de pouvoir. Si elle avait existé, elle aurait été mise en avant. On ne peut pas réécrire l’histoire deux ans plus tard et transformer rétrospectivement une critique politique en faillite financière.
Les actes du régime contredisent son discours actuel de la crise financière héritée
Dès les premières semaines de la transition, les nouvelles autorités affirmaient publiquement que le pays disposait de ressources financières substantielles. Le président de la transition lui-même a proclamé que « le pays a de l’argent », allant jusqu’à dire de manière triviale que le Gabon était « juteux ». Cette affirmation a immédiatement été traduite en actes concrets. Des dépenses nouvelles ont été engagées, des fonds distribués à grande échelle, des projets pharaoniques annoncés. Un État exsangue ne multiplie pas les engagements financiers nouveaux.
Les faits parlent d’eux-mêmes. Une distribution de 7 milliards de francs CFA à chaque province, soit près de 63 milliards au total, a été effectuée sans que ces sommes soient inscrites dans aucune ligne budgétaire préalablement votée. Le lancement de la Cité de la Démocratie qui mobilise près de 400 milliards de francs CFA alors que les hôpitaux manquent de médicaments et que les écoles s’effondrent. Des chantiers d’infrastructures routières et de villes nouvelles qui n’existaient pas dans les projets du gouvernement précédent se sont multipliés au nom du CTRI. L’augmentation du nombre de députés de 120 à 145, celui des sénateurs de 50 à 70, quelques recrutements dans la fonction publique et certaines revalorisations salariales ciblées, confirment l’existence de marges financières réelles.
Ces dépenses démesurées prouvent une chose fondamentale, c’est que l’argent existait au moment de la prise de pouvoir. Il a simplement été gaspillé dans des projets de prestige, distribué sans discipline budgétaire, au lieu d’être consacré aux urgences sociales et économiques réelles. L’analyse chronologique montre clairement que le récit des « difficultés héritées » est une construction tardive, élaborée au moment précis où le régime a commencé à échouer dans sa mission de redressement.
La dégradation financière postérieure à août 2023
L’analyse macroéconomique de la période allant d’août 2023 à aujourd’hui confirme que la dégradation financière est une conséquence directe des actions du régime de transition, et non un legs. À la prise du pouvoir, le Gabon respectait encore les critères de convergence de la CEMAC, notamment le seuil d’endettement fixé à 70 % du PIB n’était pas encore dépassé. C’est sous le CTRI que ce taux a explosé pour atteindre, selon les estimations, près de 74 % du PIB aujourd’hui. Ce bond spectaculaire de l’endettement n’est pas le fruit d’une dette ancienne qui se serait soudainement matérialisée ; il est la résultante de l’accumulation d’engagements financiers nouveaux, pris sans prévision budgétaire rigoureuse, sans transparence et sans mécanisme de contrôle parlementaire efficace, puisque la structure dirigeante, le CTRI, agissait de facto comme un État parallèle.
La gestion hors budget constitue la faute originelle qui a ruiné le pays
La véritable faute originelle n’est pas un manque d’argent, mais une confusion fondamentale entre disponibilité de trésorerie et légalité budgétaire. Le régime a géré des fonds importants en dehors du cadre légal, ce qui a désorganisé la chaîne de la dépense publique et créé une crise de trésorerie actuelle par des engagements non couverts. L’argent disponible a été dépensé sans vision stratégique, sans priorisation sociale, conduisant à l’incapacité actuelle d’assurer les services réguliers et de stabiliser le secteur énergétique.
Par exemple, les 63 milliards distribués aux provinces illustrent parfaitement cette dérive. Ces sommes colossales ont été décaissées sans que personne ne puisse expliquer d’où venait l’argent. Aujourd’hui, deux ans plus tard, personne ne peut rendre compte de l’utilisation de ces fonds, des projets financés ou des résultats obtenus. C’est cette gestion initiale désinvolte qui explique la crise actuelle de trésorerie, et non pas un héritage ancien.
Les délestages comme preuve que la crise est fabriquée, non héritée
Avant août 2023, le secteur électrique gabonais connaissait des fragilités réelles mais maîtrisées. Les coupures existaient de manière ponctuelle, sans jamais atteindre le niveau de désorganisation généralisée observé aujourd’hui. Depuis le coup d’État, la situation s’est brutalement dégradée : les délestages sont devenus quotidiens, imprévisibles et massifs, affectant l’ensemble de la vie économique et sociale. Cette rupture n’est pas héritée, elle est le produit de décisions prises après 2023 : gestion erratique de la SEEG, impayés accumulés, rupture mal négociée avec Aggreko, choix précipité d’un contrat opaque avec Karpowership et absence totale de planification énergétique.
Plus grave encore, cette crise révèle une atteinte historique à la souveraineté énergétique du Gabon. Pour la première fois depuis l’indépendance, le Gabon, pays producteur de pétrole depuis plus de cinquante ans est contraint d’importer de l’électricité pour alimenter son propre territoire. Cette dépendance est aggravée par l’accumulation d’impayés d’environ 235 millions de francs CFA vis-à-vis du pays fournisseur qui a officiellement relancé le Gabon à plusieurs reprises, en dépit des dénégations tardives du régime.
Jamais le Gabon n’avait connu une telle situation de dépendance énergétique doublée d’insolvabilité. Ce basculement constitue une humiliation nationale et un affaiblissement stratégique majeur. Il ne s’agit pas d’un héritage du passé, mais d’une rupture provoquée par la gouvernance actuelle : la crise électrique est devenue une crise de souveraineté.
II. LA FAILLITE LOGIQUE : LE COUP D’ÉTAT COMME FORCLUSION DEFINITIVE DE L’ALIBI
Même en concédant, à titre purement hypothétique, que le Gabon ait connu des fragilités structurelles avant le 30 août 2023, le pouvoir issu du coup d’État demeure radicalement disqualifié pour s’en prévaloir aujourd’hui. Le coup d’État, par sa nature même, annule toute possibilité morale, politique et intellectuelle de s’abriter derrière l’héritage. Il ne s’agit pas ici d’un débat partisan, mais d’un principe élémentaire de responsabilité politique.
L’acte fondateur : reconnaissance préalable des problèmes et engagement de solution
Un coup d’État n’est jamais un geste neutre ou improvisé. Il repose sur une affirmation implicite mais fondamentale : la situation est suffisamment grave pour justifier une rupture brutale de l’ordre constitutionnel, et ceux qui prennent le pouvoir se déclarent capables de faire mieux, plus vite et plus efficacement que ceux qu’ils renversent. En ce sens, le coup d’État n’est pas seulement un constat d’échec du régime précédent ; il est avant tout une auto-proclamation de compétence supérieure.
En renversant Ali Bongo Ondimba, les auteurs du putsch ont donc signé un contrat implicite avec la Nation. Ils ont affirmé connaître la gravité des problèmes, les avoir identifiés, et disposer des moyens politiques, techniques et moraux pour les résoudre. Le coup d’État est ainsi une prise de responsabilité totale, immédiate et sans réserve. Il ne laisse aucune place à la surprise, à la découverte tardive ou à l’excuse du legs encombrant.
Dès lors, le discours actuel du pouvoir devient intenable. Expliquer aujourd’hui aux enseignants en grève, aux familles plongées dans l’obscurité par les délestages, aux citoyens confrontés à la vie chère, que « la situation est difficile à cause de ce que nous avons trouvé », revient à avouer que l’acte fondateur lui-même était une imposture. On ne renverse pas un pouvoir en affirmant qu’il est incapable, pour ensuite gouverner en expliquant que cette incapacité rend toute action impossible.
Un groupe qui s’empare de l’État par la force au nom de la gravité de la situation ne peut pas, deux ans plus tard, se réfugier derrière cette même gravité comme unique ligne de défense. Ce faisant, le pouvoir actuel ne critique plus l’ancien régime : il auto-réfute sa propre légitimité initiale.
La contradiction performative : quand l’acte annule l’excuse
L’argumentaire du régime illustre une contradiction logique majeure que la philosophie désigne comme une contradiction performative : l’acte posé contredit la justification invoquée. Le coup d’État était présenté comme la solution. L’argument de l’héritage en est l’aveu d’échec.
On ne renverse pas un système pour en reproduire les excuses. Si les problèmes dénoncés étaient ingérables, alors le coup d’État n’avait aucune raison d’être. S’ils étaient gérables, alors l’incapacité actuelle à produire des résultats devient une faute pleine et entière. Dans les deux cas, le pouvoir est pris au piège de sa propre logique.
Lorsqu’un régime issu d’un putsch passe son temps à expliquer pourquoi les problèmes existent, au lieu de démontrer comment il les résout, il commet une faute politique majeure. Sa seule justification acceptable, après tant de mois d’exercice sans partage du pouvoir, serait la présentation d’un plan d’action clair, structuré, hiérarchisé, accompagné de résultats mesurables. Or, ce que l’on observe, c’est l’inverse : une invocation permanente du passé, utilisée comme écran de fumée pour masquer l’absence de décisions efficaces dans le présent.
L’héritage n’est plus ici un outil d’analyse. Il est devenu un verrou idéologique, destiné à empêcher toute interpellation sur les choix précis opérés depuis août 2023 : résiliations précipitées, contrats opaques, dépenses hors budget, priorités erratiques. Le passé est convoqué non pour comprendre, mais pour neutraliser toute exigence de reddition des comptes.
L’absence de projet : l’alibi comme stratégie de survie politique
Le recours obsessionnel à l’ancien régime révèle en réalité une carence plus profonde : l’absence de projet politique et économique propre. Lorsqu’un pouvoir se contente de répondre aux critiques par « vous n’avez pas fait mieux », il ne produit pas un argument ; il confesse son impuissance.
Cette réplique signifie implicitement : nous n’avons pas de vision nouvelle à proposer, nous ne savons pas faire autrement, nous sommes donc condamnés à nous comparer à un passé que nous avons pourtant jugé si mauvais qu’il justifiait un coup d’État. Cette posture est incohérente et destructrice. Elle installe l’idée que le changement était inutile, que la rupture n’a servi à rien, que la souffrance des populations est une fatalité.
Or, le rôle d’un gouvernement, a fortiori d’un gouvernement de transition censé être agile, n’est pas de dresser en permanence l’inventaire des échecs d’hier. Son rôle est d’agir aujourd’hui. Si, après plus de deux ans, la seule explication aux coupures d’électricité, aux pénuries, à la dégradation des services publics est l’héritage, cela signifie que le pouvoir actuel n’a ni appris des erreurs passées, ni modifié l’outil de gouvernance. Il s’est contenté de remplacer une équipe sans transformer la méthode.
L’alibi de l’héritage apparaît alors pour ce qu’il est réellement : une stratégie de survie politique, destinée à retarder l’échéance de la responsabilité. Il ne protège pas le pouvoir ; il le condamne. Car il prouve, de la manière la plus éclatante, l’incapacité de la nouvelle gouvernance à transformer la critique en action, la dénonciation en solution, la rupture proclamée en résultats concrets.
Le contre-exemple d’Ali Bongo Ondimba en 2009
Lorsque Ali Bongo Ondimba accède à la présidence en 2009, la situation du pays n’était un mystère pour personne. Omar Bongo Ondimba avait prononcé ce discours prophétique devenu historique : « Dieu ne nous a pas donné ce pays pour faire ce que nous sommes en train de faire. » Ces paroles constituaient un aveu sans fard des dysfonctionnements profonds : corruption endémique, inégalités criantes, services publics défaillants, infrastructures vieillissantes, dépendance au pétrole.
Et pourtant, Ali Bongo Ondimba ne s’est jamais réfugié derrière cet héritage pourtant lourd pour justifier ses propres difficultés ou échecs. Pendant ses quatorze années au pouvoir, il a assumé ses choix, tenté des corrections, lancé des réformes. Il a parfois échoué, parfois réussi. Mais jamais il n’a rompu le lien de responsabilité entre l’action présente et la décision politique. Jamais il n’a transformé le passé en alibi permanent. Il a gouverné dans la continuité de l’État, assumant l’héritage comme une donnée de départ à transformer, non comme une excuse pour justifier l’inaction. Le régime actuel a choisi la voie inverse : celle de la déresponsabilisation systématique par l’invocation permanente d’un héritage fantasmé qu’il a lui-même contribué à aggraver.
La comparaison est éclairante. Le pouvoir actuel invoque un héritage qu’il prétend insurmontable après avoir affirmé pouvoir le dépasser par la force. Ali Bongo Ondimba, lui, a gouverné sans renier l’héritage, sans s’y cacher, sans en faire un récit paralysant. Cette différence n’est pas de style. Elle est de nature politique.
Gouverner, c’est assumer, pas accuser
Un principe politique universel postule qu’un pouvoir qui se réfugie constamment derrière le passé reconnaît implicitement son échec présent. La responsabilité politique commence au moment exact de la prise de pouvoir.
Les difficultés que vivent aujourd’hui les Gabonais dans leur quotidien ne sont pas le produit d’un passé mythifié. Elles sont le résultat direct de choix présents, de décisions précises prises depuis août 2023, d’une gestion approximative et souvent opaque des ressources publiques.
La fable des « difficultés héritées » n’est qu’un écran de fumée destiné à masquer l’incompétence gestionnaire d’un pouvoir qui a dilapidé en moins de deux ans des ressources considérables qu’il prétendait pourtant ne pas avoir au départ. Elle révèle surtout un aveu de faiblesse politique inacceptable pour un régime qui se veut fort : celui d’un pouvoir qui, après avoir pris l’État par la force en promettant le changement rapide, se réfugie deux ans plus tard dans les excuses faciles et les justifications permanentes.
Un État moderne et responsable ne se gouverne pas par l’excuse. Un pouvoir qui refuse d’assumer pleinement ses actes et leurs conséquences avoue publiquement son incapacité à gouverner. Le Gabon mérite mieux que cette fuite en avant dans l’irresponsabilité déguisée en héritage.
Ali Akbar ONANGA Y’OBEGUE
Docteur en Droit
Enseignant à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques
Université Omar Bongo, Libreville
Secrétaire Général du Parti Démocratique Gabonais (PDG)
Ancien Ministre

